De Falloux, Mémoires, II, p
2. M. de Falloux était d'une santé trop délicate pour supporter les fatigues de la vie publique.
Je ne me permets pas de vous adresser un conseil, mais une ardente prière. Vous avez mis tout votre courage dans la lutte jusqu'à ce jour : la lutte est momentanément interdite. Profitez du repos pour porter enfin dans l'esprit de Monseigneur quelques appréciations qui lui manquent évidemment sur plusieurs points de vue et sur plusieurs hommes....
Berryer promettait de parler, et parlait en effet, quand cela s'imposait, avec la plus noble franchise ; mais son respect et son affection pour le prince lui faisaient toujours craindre de le contrister et même de le contrarier. « Avec nous, écrit M. de Falloux, auquel j'emprunte ces intéressants détails, il prenait les plus fortes résolutions ; devant lui, tout fondait dans un attendrissement qui allait jusqu'aux larmes. Je connaissais trop par moi-même ces émotions-là pour en faire un crime à M. Berryer, mais je le suppliai souvent de se mettre en garde contre elles. Il me répondait toujours : « Vous avez probablement raison ; oui, M. le comte de Chambord a de grosses écailles sur les yeux, mais dès qu'il touchera le sol de la patrie, ces écailles tomberont et vous verrez un beau règne *. »
Pendant le second Empire, M. le comte de Chambord pratique ce qu'on appelle la politique des bras croisés. Il recommande à ses fidèles l'abstention la plus complète des affaires publiques. Sous peine de lui déplaire gravement, ils ne peuvent devenir même conseillers municipaux, à plus forte raison députés. Le motif, c'est qu'on ne doit prêter ni serment ni concours d'aucune sorte à un tel gouvernement. Berryer aussi se tenait depuis 1851 éloigné des Chambres, mais pour des causes toutes différentes. Il ne se trouvait point « les coudées assez franches » dans un Corps législatif qui ne possédait ni l'initiative des lois, ni les droits d'a-