‹ BerryerChapitre 25 sur 211 · M. (le Lacombe, Corresp., 10 mai 1889, p · texte numérisé non relu

M. (le Lacombe, Corresp., 10 mai 1889, p

Berryer voyait plus juste que le ministre. La guerre eut lieu avec succès. Notre armée, conduite par le duc d'Angoulème et deux maréchaux de l'Empire, Moncey et Oudinot, alla, selon l'expression de Chateaubriand, rapprendre le chemin de la victoire, n'ayant pas oublié celui de l'honneur.

Malgré tout, cette guerre d'Espagne acheva de diviser les deux ministres. Il existait entre eux de trop profondes divergences de caractère. — Villèle, esprit positif, tenace, jaloux du pouvoir, supportait mal l'orgueil colossal de son collègue, qui ne parlait que de « sa guerre, » de l'acte incommensurable qu'il avait accompli et qui devait changer la face du monde. Au fond, il paraît bien que Berryer préférait Chateaubriand. Impossible de nier ses défauts, mais et c'est un grand caractère, disait-il, et il n'y a plus d'hommes de cette trempe. » Son désintéressement surtout le touchait. « J'étais un jour au ministère des affaires étrangères, racontait-il plus tard, dans le cabinet de M. de Chateaubriand, quand le chef de la comptabilité, M. Brenier, entra : « Monseigneur, dit M. Brenier, vous avez prescrit une donation au bey de Tunis ; mais je n'ai plus de fonds disponibles. — Ah ! Brenier, mais c'est impossible ; nous ne pouvons pas ne pas faire de cadeau au bey. — Mais je n'ai plus de fonds. » Chateaubriand réfléchit un instant : « Écoutez, reprend-il, vous savez la voiture que j'avais en Angleterre pendant mon ambassade, nous l'enverrons au bey. » La voilure était splendide ; une véritable œuvre d'art. Elle avait peut-être coûté 40,000 francs. Quand Chateaubriand quitta le ministère, M. Brenier la fit évaluer dans la reddition des comptes à 14,000 francs. C'est tout ce qui en revint à l'ancien ministre 1. »

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