M. de Lacombe, Corresp., 25 mai 1889, p
Berryer fit ce qu'il put pour prévenir entre les deux hommes d'État la rupture qu'il prévoyait : <t Je me désole de votre refroidissement avec M. de Chateaubriand, disait-il un jour à M. de Villèle en l'accompagnant aux Tuileries ; j'en suis inquiet. Cela finira par un éclat déplorable. — Que voulez-vous? répliqua Villèle, on ne peut pas traiter les affaires avec lui ; il est plein de chimères ; il est toujours dans les espaces. — C'est précisément cela qui vous permet d'avoir de l'action sur lui. Il me semble qu'à votre place j'arriverais à pacifier toutes choses et à vivre en bon accord avec M. de Chateaubriand. Ne lui dites jamais non quand il vous fait une proposition ; accueillez toutes ses idées en vous réservant seulement de les examiner. Puis à l'une des séances suivantes du conseil des ministres, vous qui possédez si bien les lois, les arrêtés, les règlements, dites-lui : « Mon cher Chateaubriand, votre pensée est excellente, mais elle présente telle difficulté; elle est contraire à telle et telle loi. Comment arranger cela? » Soyez sûr qu'il abandonnera bientôt le projet auquel, sur une résistance de parti pris, il se serait obstiné *. »
Ces sages conseils ne furent pas suivis, et la scission prévue par Berryer arriva. Au mois de juin 1824, Villèle proposa aux Chambres un projet sur la conversion de la rente 5 pour 100 en 3 pour 100. Il tenait beaucoup au succès de sa proposition. Chateaubriand affecta, au contraire, la plus profonde indifférence et garda le silence pendant la discussion. Le projet échoua. Villèle en conçut un dépit violent ; le roi, tout aussi irrité, manda le président du conseil : a Chateaubriand nous a trahis, faites l'ordonnance de son renvoi, je ne veux plus 'e voir à ma réception. » Le lendemain 6 juin, Chateau-