De \ogiié, Centenaire des Débals, p. 12J
2. Lettre à M. de Rivière, citée par M. de Lacombe, Corrcsp., p. 89.
M. de Chateaubriand eut beau jeu pour commencer sa campagne. Il put accuser « les ministres d'ouvrir dans leurs hôtels des espèces de bazars où les consciences étaient mises à l'encan i. » Une société ultra-royaliste s'était formée quelque temps auparavant pour acheter tous les journaux : ceux de gauche, afin de les supprimer; ceux de droite, dans le but de leur donner une direction. Les La Rochefoucauld présidaient cette bande noire pour la démolition de la presse et payaient les journaux avec l'argent de la liste civile. Déjà la Gazette de France, le Drapeau blanc, YÉtoile, le Journal de Paris, et plusieurs autres avaient cédé. On vint mettre le siège devant la Quotidienne, dirigée par l'historien des Croisades, M. Michaud, intime ami de Berryer. Cet Athénien de Paris, comme l'appelle Nettement, était un vieux royaliste, mais indépendant jusqu'à l'obstination. N'avait-îl pas la prétention de vouloir dire ce qu'il pensait? « Monseigneur, répondit-il à M. de Corbière, il n'y a qu'une chose pour laquelle je pourrais être tenté de vendre la Quotidienne, ce serait un peu de santé. Il y a si longtemps que j'en suis privé que si Votre Excellence pouvait m'en donner, je me laisserais peut-être séduire. » Mais le moyen de résister à un ministre prêt à tout? Sur douze actions que comprenait le fonds social de la Quotidienne, Michaud en possédait quatre. On acheta les autres sous main, malgré la loi. M. de Laurentie, inspecteur de l'Université, refusait de vendre les siennes : « Ou les actions ou la place, lui dit-on. — Mais, M. Michaud fera un procès ! — Eh bien ! répliqua M. de Corbière, vendez-nous un procès! » Parole malheureuse qu'il devait paj'er cher! Quand ]\[. Michaud sévit perdu, il écrivit à Berryer: « Je remets ma vie entre vos mains. — Nous devons tout au