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Débats, 28 juin

prince fors l'honneur! » répondit Berryer. Et l'avocat fit si bien auprès du comte d'Artois et de M. de La Rochefoucauld que Michaud garda la Quotidienne. Les. choses en étaient là, quand survint comme un coup de foudre la disgrâce de Chateaubriand. Michaud était un des vieux amis du ministre vaincu. Ne s'avisa-t-il pas de prendre sa défense et de faire chorus avec les Débats!

L'ordonnance qui se trouve dans le Moniteur, écrivit-il, semble annoncer à la France et à l'Europe une politique si nouvelle, si inattendue, si fâcheuse, qu'il nous serait impossible de développer dès aujourd'hui toutes les pensées qui doivent affliger les amis de la monarchie.... M. de Montmorency tombe le premier, puis le duc de Bellune, puis M. de Chateaubriand, l'honneur du royalisme ! Que veut donc le ministère, et quelle confiance peut-il inspirer désormais

Grand fut l'émoi à la lecture de cet article. Les nouveaux actionnaires de M. de Corbière avaient huit actions sur douze; ils envo3'èrent un huissier et un commissaire de police aux bureaux de la Quotidienne. Il était une heure du matin. M. Michaud fut sommé de livrer son matériel. Sur son refus, •on appela la force armée, qui jeta le vieux journaliste sur le pavé. Par bonheur Berryer était là et n'abandonna point son <imi. On convint de saisir la justice. Une première fi is Michaud perdit; il en appela à la cour royale et Berryer présenta sa défense.

M. Michaud, dit-il, est investi de la direction principale de la Quotidienne par une possession non interrompue et incontestable de trente années. Rappelons-nous les temps orageux de la Révolution, alors que la Quotidienne fut persécutée pour sa constance à défendre et la religion et la monarchie. On ne demandait pas alors de quel côté était la majorité ou la minorité des actionnaires. C'est comme directeur principal que M. Micliaud a été onze fois emprisonné; c'est comme directeur delà Quotidienne q\x'\\ a été déporté; c'est comme directeur de la Quotidienne qu'il a été condamné à mort. Alors on ne lui disputait pas ce titre. Et si jamais (ce que le Dieu de saint Louis

éloigne de nous !), si jamais la Révolution reprenait son empire, à qui demanderait-elle compte des doctrines de la Quoticlienjie ? Qui serait poursuivi comme directeur de ce journal ? Serait-ce M. Bonneau ou M. de Valdené, qui n'ont jamais rien fait ?.... Seraient-ce ceux qui vont, la bourse à la main, solliciter et ébranler les consciences royalistes, ces gens qui savent acheter des opinions et ne savent pas les défendre ? M. Michaud subirait de nouveau la peine de son dévouement et nul ne viendrait lui disputer le provisoire !....

« J'assistais pour la première fois, et bien jeune encore, à une plaidoirie de M. Berryer, racontait, quarante-six ans plus tard, à l'Académie française, M. Sylvestre de S;icy,

« En attendant le jugement du fond, on disputait à M. Michaud jusqu'au droit de conserver provisoirement ses fonctions de rédacteur en chef. Une foule immense, de tous les partis, de tous les âges, se pressait autour de l'avocat et devant les banquettes vénérées de la cour royale ayant à sa tête le président en qui elle semblait se personnifier tout entière, M. Séguier. Quel spectacle et quelle attente ! Au moment où je vous parle. Monsieur, le temps s'efface, mes souvenirs raniment toute cette scène ; je vois M. Berryer, sa noble tête, ses yeux pleins de feu : je l'entends après avoir rappelé tout ce qu'avait souffert, pendant la Révolution, M. Michaud emprisonné, proscrit, menacé de mort pour la cause royaliste, s'écrier, Dieu sait de quel accent ou plutôt de quelle âme : « Et personne alors ne lui disputait le provisoire! » Pensez, Monsieur, si nous applaudissions ^ ! »

On applaudit bien plus encore la décision du tribunal or donnant que M. Michaud reprendrait la direction de la Quo tidienne; on applaudit Berryer, qui avait fait triompher la liberté ; le président Séguier, dont on admirait la parole fameuse : « La Cour rend des arrêts et non des services ! » et l'accusé, qui fut ramené en triomphe à ses bureaux. « Eh

1. Sylvestre de Sacy, Réponse à M. de Champagny, 10 mars 187ÛL

bien! écrivait Chateaubriand, le ministre avait dit: « Vendez-nous un procès! » — On le lui a vendu. Trouve-t-il aujourd'hui le marché bon * ? »

M. de Villèle avait désapprouvé le procès de la Quotidienne et la campagne faite pour acheter les journaux. Ses relations avec Berryer n'en souffrirent point. Le ministre aimait à entretenir et à consulter le jeune avocat. Il appréciait chez lui, en même temps qu'une grande sagacité, une parfaite franchise. De plus, ses affaires le mettant en rapport avec tous les partis, Berryer connaissait mieux que personne l'opinion publique. Aussi ne ménageait-il ni les critiques ni les avis à M. de Villèle. Ce fut une des faiblesses de cet homme d'État de ne pouvoir souffrir à ses côtés, dans le gouvernement, aucune supériorité. Il enterra M. Laine à la Chambre des pairs, il combattit avec ardeur l'élection de M. de Serre. Tour à tour il se défit de M. de Montmorency, du duc de Bellune et de Chateaubriand. Berryer lui signalait cette tendance fâcheuse et, dans un rapport saisissant, il lui montrait, dit M. Nettement ~, la division des royalistes s'accentuant, et l'opposition gagnant du terrain dans la presse, dans les Chambres et dans les salons. A côté du mal, il plaçait le remède : « Augmenter le nombre des ministères pour faire place aux royalistes, rappeler MM. de Bellune et de Montmorency et offrir à M. de Chateaubriand l'ambassade de Rome ou de Constantinople. » M. de Villèle avoua à Berryer qu'il avait raison; mais il ne put se résoudre à se déjuger de la sorte et à ramener triomphalement au pouvoir ceux qu'il en avait écartés. Il se serait affaibli, pensait-il, sans les désarmer, a En revenant un jour de Saint-Cloud, dit Berryer, il m'apprit que l'intérim des affaires étrangères allait cesser,

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