‹ BerryerChapitre 41 sur 211 · Aatlonal, 31 junYier · texte numérisé non relu

Aatlonal, 31 junYier

l'ouverture de la session. On attendait ce jour avec anxiété. On se sentait à la veille des plus graves événements. L'irritation contre M. de Polignac et son cabinet n'était point calmée. Il s'agissait de savoir si, dans le choix de ses ministres, le roi n'avait pas à tenir compte des sentiments de la majorité des Cliambres et du pays, ou plutôt, comme l'écrivait Lamennais, si c'étaient les députés qui renverraient les ministres, ou les ministres qui renverraient les députés. Une phrase menaçante du discours royal fut comme l'étincelle qui allume l'incendie : « Si de coupables manœuvres suscitaient à mon gouvernement des obstacles que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et l'amour qu'ils ont toujours montré pour leur Roi. »

Dès le lendemain la Chambre des députés se réunit. M. Berryer, comme l'un des plus jeunes, fut nommé secrétaire du bureau provisoire. Presque aussitôt commença la discussion de l'adresse. Jamais débat plus solennel et plus important ne s'était ouvert. Cette adresse fameuse, qui ne voulait frapper qu'un ministère, allait renverser la monarchie. Vainement les ministres vinrent-ils protester de leur amour pour la Charte et demander grâce. « Laissez-nous : nous ne ferons rien, parole d'honneur! » On inséra contre eux ces paroles décisives : <r La Charte fait du concours permanent des vues politiques du gouvernement avec les vœux Ce votre peuple la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement, nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe pas. »

Un amendement fut proposé par M. de Lorgeril, dans le but d'adoucir les termes de cette déclaration. Guizot et Ber-

— 9i — ryer se levèrent pour combattre Tamendement. Ils a\-aieiit le même âge, tous les deux un talent bien différent, mais supérieur. Entrés ensemble au Parlement, ils y prenaient la parole pour la première fois. Si Berryer était l'espoir des royalistes, les libéraux pressentaient en Guizot leur chef futur. M. Thureau-Dangin appelle avec raison (iuizot « le plus conservateur des libéraux, » et Berryer « le plus libéral des royalistes '. » Pendant dix-huit ans nous verrons ces deux grands émules faire assaut d'éloquence, et, ie premier dans le gouvernement, le second dans l'opposition, se livrer les plus brillants combats de notre histoire parlementaire. Aujourd'hui Guizot se prononce contre l'amendement et pour le texte primitif de l'adresse.

Nos paroles, dit-il, la franchise de nos paroles, voilà le seul avertissement que le pouvoir ait en ce moment à recevoir, la seule voix qui se puisse élever jusqu'à lui et dissîî)er ses illusions. Gardons-nous d'en atténuer la force ; gardons-nous d'énerver nos expressions ; qu'elles soient respectueuses, qu'elles soient tendres ; mais qu'elles ne soient pas timides et douteuses. La vérité a déjà assez de peine à pénétrer dans le palais des rois ; ne l'y envoyons pas faible et pùle ; qu'il ne soit pas plus possible de la méconnaître que de se méprendre sur la loyauté de nos sentiments 2.

Berryer se lève à son tour et se dirige lentement vers la tribune. Un profond silence s'établit. L'orateur est fortement ému, et se trouble même un instant, dit le National, mais un instant seulement. Il a vite pris possession de lui-même et de l'Assemblée. Son geste revêt une ampleur magnifique, sa voix s'élève à une puissance d'émotion incomparable. Il repousse avec énergie l'adresse et l'amendement à l'adresse ;

Vous accusez le roi personnellement d'avoir formé un nouveau ministère, s'écrie-t-il. Autant vaudrait lui faire dire par votre grande députation : « Sire, l'usage que vous avez fait de votre prérogative

1. Thureau-Dangin, Le parti Ubcral sous la Heslauralion, p. 490.

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