De Falloux, Mémoires d'un royaliste, II
L'entretien se prolongea jusqu'à onze heures. A plusieurs reprises, le prince renouvela ses instances pour faire prendre à Berryer un portefeuille. Celui-ci n'avait garde d'accepter, a Eh bien, lui dit enfin M. de Polignac, vous vous expliquerez avec le roi. Vous recevrez demain une lettre d'audience du premier gentilliomme de la Chambre. Sa Majesté vous persuadera, »
Berryer se retira profondément troublé. « Je vis tout d'un coup devant moi la ruine de la monarchie et l'ère des révolutions indéfiniment rouverte. » Puis il réfléchit qu'il n'avait aucune chance d'éclairer le roi et de changer la direction de la politique. <r Le roi, se dit-il à lui-même, est un vieillard, il est la grâce en personne, il est le roi, c'est-à-dire ce qu'il y a pour moi de plus imposant au monde. Cette vieille race, ces grands souvenirs, cette maison de France, c'est la France elle-même. Mon cher Berryer, me dira le roi, c'est un service que je vous demande. Je m'attendrirai, je pleurerai, je céderai. Pour faire plaisir au roi, j'aurai sacrifié le moyen de le servir, de sauver peut-être la monarchie K C'est pourquoi, ajoutait-il, j'envoyai dans la nuit chercher des chevaux de poste, et je quittai Paris, l'âme pleine d'angoisses et de pressentiments sinistres. »
Néanmoins, dans son discours aux électeurs, Berryer affirma résolument, en même temps que sa fidélité au roi, les intentions loyales du gouvernement.
Les intentions de notre roi ont été méconnues, les prérogatives de sa couronne ont été attaquées, le concours de volontés qu'il attendait pour opérer le bien que son cœur médite lui a été refusé. Des ennemis de notre repos répandent de toutes parts de fausses craintes et d'indignes soupçons ; dans le coupable dessein de rendre l'avenir complice des erreurs et des crimes du passé, ils veulent imposer aux généra-