‹ BerryerChapitre 45 sur 211 · De Fallou.x, Mémoires d'un royaliste, IT, p · texte numérisé non relu

De Fallou.x, Mémoires d'un royaliste, IT, p

BERUYER. 7

son cœur, il éleva vers Dieu une éloquente prière pour cette France dont le péril le touchait, comme l'eût touché l'agonie d'une mère *. »

Si encore le gouvernement eût déployé quelque énergie et soutenu par la force ses mesures extralégales, personne n'aurait songé à prendre les armes. A cette idée seule les plus hardis s'effrayaient. « Vous seriez vaincus, traînés à l'échafaud, disait Odilon Barrot, et le peuple vous regarderait passer. » Mais dans sa confiance étrange et mystique, Polignac ne prit aucune disposition et attendit l'action des puissances célestes. « Ce muet, disait Chateaubriand, était éminemment propre à étrangler un empire. » Peu à peu les factieux s'enhardirent, non point les chefs, mais quelques carbonari obscurs, quelques jeunes gens à tête chaude. On les laissa faire. Un^ première barricade s'éleva timidement, puis des centaines, et Paris en fut comme hérissé. Quand on mit l'armée en mouvement il était trop tard. Mal commandée, mal nourrie, elle fraternisa bientôt avec le peuple. Cependant, le roi retiré à Saint-Cloud, alors que les coups de canon faisaient vibrer les fenêtres de son palais, jouait tranquillement aux échecs.

a Que pensait le duc d'Orléans, que pensiez-vous vous-même en faisant la Révolution de juillet? demandait plus tard Berryer à M. Thiers. — Ni M. le duc d'Orléans, répondit Thiers, ni Laffitte, ni aucun de nous ne savait clairement jusqu'où il serait conduit.... Le duc d'Orléans n'avait quel deux pensées arrêtées : Ne pas renverser le roi, ne pas le] suivre dans un nouvel exil. Quand, après les trois journées, on voulut lui mettre la couronne sur la tête, il fallut l'arracher de sa retraite comme s'il s'était agi de le conduire au|

— 9y carcan, et lui démontrer qu'il n'avait plus le choix qu'entre le trône et la proscription....

« Casimir Périer rugissait comme un lion dès qu'on parlait de toucher à la dynastie. Pour moi, j'étais vraiment le fils de la ^{évolution, mais je croyais la Restauration plus forte qu'elle n'était ou qu'elle ne voulut l'être. Nous nous enhardîmes d'heure en heure à mesure que la défense faiblissait, mais attendant toujours quelque retour offensif, et pour la plupart nous y résignant. ...

« A Rambouillet, il était encore temps de sauver la monarchie, si le monarque lui-même l'eût tenté. En voyant partir les hordes confuses lancées à la poursuite du roi, nous étions convaincus qu'elles seraient ramenées à Paris l'épée dans les reins....

« Nous avons fait la révolution de Juillet parce qu'on nous l'a laissé faire ^ »

Berryer ne rentra à Paris que le 3 août, l'âme remplie d'amertume, ayant au cœur une plaie inguérissable, comme un voyageur qui revient seul au port, sans avoir pu sauver de la tempête ceux qu'il aimait. A ce moment même son vieux roi, surveillé par trois commissaires, s'acheminait tristement à travers la France, indifférente ou hostile, pour un exil sans retour. La seule consolation qui restât à Berryer était de dire comme Chateaubriand : « Je reconnais au malheur toutes les sortes de puissance, excepté celle de me délier de ma fidélité. »

Page 1