Œuvres parlementaires, 1, p. G
le cens et qu'on établisse le vote universel à deux degrés, comme le voulait M. de Villèle en 1816.
En même temps Berryer suit le gouvernement sur le terrain de l'administration. Il dénonce ses faiblesses, ses inconséquences et donna à G. Périer lui-même de rudes leçons. C'est à propos de l'hérédité de la pairie, le 5 octobre 1831. Le ministre s'en déclare partisan, mais exprime l'avis qu'il faut la sacrifier aux entraînements de l'opinion :
Eh quoi ! s'écrie Berryer, c'est là une raison d'État ! Eh quoi ! c'est devant de telles considérations, la précipitation, l'irréflexion, l'injustice d'une répugnance, d'une opinion, que l'on s'arrête ! Et l'on appelle cela gouverner ! Et l'on croit exercer le pouvoir, assurer la sécurité, l'avenir du pays ! J'en demande pardon, mais en supposant même une répugnance plus forte, mieux, définie que ne le fait l'exposé des motifs, il faut avant tout se demander si elle n'est pas aveugle, si le peuple ne se trompe pas ; car, comme on le disait naguère, les peuples libres mêmes peuvent se tromper. Mais, comme on l'a ajouté, ils peuvent aussi s'éclairer et reconnaître leur erreur.
Quel est donc le devoir du législateur, si ce n'est de résister fortement à ce qu'il regarde comme dangereux, à ce qui répugne à sa conscience, à sa conviction, à ce qu'il considère comme une manifestation d'erreur publique ? Honte à ceux qui dans ce cas désertent leur propre conviction ! Je cherche en vain une expression pour qualifier cette conduite ; une seule un peu forte, vous me la pardonnerez, peut rendre mon idée, c'est celle de trahison. (Mouvement.)
N'obéissez donc pas à ce souverain effrayant dont vous voulez contenir l'irruption, ne lui sacrifiez donc pas ce que nous regardons comme la vérité, comme une garantie, à lui qui est le plus absolu, le plus despotique des souverains, et comme on le disait hier, le plus absolu des pouvoirs absolus, souverain sans responsabilité aucune, ni envers Dieu, ni envers la conscience, ni envers les hommes ; car le peuple souverain n'est obligé de reconnaître ni lois, ni traditions, ni devoirs. (Sensation.)
Vous dites qu'il faut le contenir dans sa marche, et vous vous empressez de céder à ce que vous appelez des répugnances, une opinion précipitée, un sentiment juste ou injuste, raisonné ou irréfléchi. Les conséquences des concessions du ministère m'effraient ; car, pour