Mémoires d' outre-tombe, III, p
Cependant elle a envoyé prévenir de son arrivée ses fidèles de Paris. MM. de Chateaubriand, Berryer, Fitz- James, Hyde de Neuville, le duc de Bellune, se réunissent. Le messager est introduit. « C'est un beau jeune homme, dit Chateaubriand S brave comme un marin, original comme un Breton. II désapprouve l'entreprise, il la trouve insensée, mais il dit : « Si Madame ne s'en va pas, il s'agit de mourir, et voilà tout. Et puis, Messieurs du conseil, faites pendre Walter Scott, car c'est lui le vrai coupable. » On ouvre la lettre de la princesse. On y trouve une longue note en chiffres dont Madame a oublié de donner la clef. Après maints efforts, Berryer découvre qu'on a substitué cette phrase : Le gouvernement provisoire, aux vingt-quatre lettres de l'alphabet. Le conseil tout entier déplore le voyage imprudent de Madame; il est d'avis qu'elle sorte immédiatement de France, en déclarant que le moment n'est point favorable et qu'elle reviendra plus tard, à l'heure de Dieu. Chateaubriand lui écrit dans ce sens ; Berryer, qui a vu deux mois auparavant la duchesse de Berry en Italie, est chargé de porter cette lettre et de l'appuyer de son éloquence. Une affaire qu'il doit plaider à Vannes dans la première quinzaine de juin servira de prétexte à son voyage.
Berryer partit le 20 mai et arriva à Nantes le 22. Depuis trois jours le maréchal de Bourmont se cachait dans cette ville, en attendant l'insurrection qui devait éclater le 24. Berryer parvint jusqu'à lui, le supplia de le laisser remplir sa mission pacifique et de retarder la prise d'armes jusqu'à nouvel ordre. Le maréchal y consentit et envoya un contref rdre dans ce sens aux chefs vendéens.
Ce fut le 22 mai, à la tombée du jour, que Berryer, sous le