‹ BerryerChapitre 61 sur 211 · G. Roussel, Le marquis de Clermont-TorDurre, p · texte numérisé non relu

G. Roussel, Le marquis de Clermont-TorDurre, p

« Je reste, attendu que ma présence a compromis un grand nombre de mes fidèles serviteurs. Il y aurait lâcheté à moi de les abandonner. D'ailleurs, j'espère que malgré le malheureux contre-ordre. Dieu nous donnera la victoire.

« Adieu, mon cher ami; ne donnez pas votre démission puisque Petit-Pierre ne donne pas la sienne. »

Berryer revint à Nantes en compagnie de M. H. du Puyseux, aide de camp de Gharette. Sa mission était remplie, mais prévoyant une catastrophe, il ne put se résoudre à partir et attendit les événements. « La princesse, dit-il au maréchal de Bourmont, n'a pas accepté mes raisons. Maintenant qu'elle est décidée à combattre, je dois rester avec elle. » Résolution généreuse, mais pleine de dangers. Entre temps, Berryer passait de longues heures avec le général Gambronne, qui habitait Nantes. A la suite du procès de 1816, d'affectueuses relations existaient entre eux, et le vieux général était devenu ardent légitimiste.

L'insurrection devait éclater pendant la nuit du 3 au 4 juin. Dans la matinée du 3, Berryer reçut un passeport signé de M. de Saint-.^ ignan, préfet de la Loire-Inférieure, avec prière de quit-^r Nantes immédiatement. 11 n'y avait qu'à obéir ; Berryer partit. Son intention était de se rendre aux eaux d'Aix en faisant un détour par la Haute-Loire, pour visiter ses électeurs.

A peine fut-il en route qu'on regretta de l'avoir laissé partir. En effet, un mandat d'amener lancé de Paris contre lui arriva à la préfecture. Voici ce qui s'était passé. A la suite d'un rapport adressé au gouvernement par le procureur du roi à Nantes, des perquisitions furent faites chez Berryer. On y saisit des pièces que l'on jugea de la plus haute importance. Dans l'une il était question de papiers mystérieux enterrés à Bellevue près de Saint-Cloud. Le document était

signé C. B., avec la date raturée de 1817. On ne douta pas un instant que la princesse Caroline de Berry n'en fût l'auteur, puisqu'il portait ses initiales. Or, il s'agissait d'une mission confiée à Berryer en ISlo, par M. de Goislin, et n'ayant aucun caractère politique.

On s'empara de même d'une note pour un emprunt de soixante millions au cours de 75 pour 100. « L'État, disait cette note, donnera tous ses revenus en garantie de l'emprunt. » De quoi peut-il être question, se demanda la police, sinon d'un emprunt pour le compte de la duchesse de Berry? Évidemment nous avons là flagrant délit. Et en gens habiles, les commissaires ne touchèrent pas à une autre pièce posée à côté de la première, et expliquant qu'il s'agissait d'un, emprunt pour le compte des États romains, au sujet duquel des capitalistes français consultaient Berryer.

C'est pourquoi le préfet de police donnait ordre de saisir le redoutable député, prévenu de complot contre la sûreté de l'État, et de le traduire devant le conseil de guerre. Berryer continuait tranquillement son voyage lorsque, dans la nuit du 6 au 7 juin, aux portes d'Angoulême, il trouva les gendarmes qui l'attendaient au relais. Ils l'arrêtèrent et le conduisirent au préfet d'Angoulême, qui ordonna de ramener le prisonnier à son point de départ.

Voilà donc Berryer traîné comme un malfaiteur de brigade en brigade. Et la route est longue d'Angoulême à Nantes. Le bruit de son arrestation s'est répandu. Puisqu'on l'arrête, c'est qu'il est coupable. Évidemment il n'est venu dans le pays que pour exciter les paysans à la révolte. Dans les gros bourgs on n'est guère légitimiste. Et la foule se presse autour de la voiture où l'on emmène le chef des chouans. A Saint- Mathurin elle hurle des cris de mort ; elle demande qu'on le fusille sur-le-champ, elle veut le jeter dans la Loire. Il faut.

pour l'empêcher, que les gendarmes mettent le sabre au clair et partent au galop avec leur prisonnier.

Arrivé à Nantes, Berryer fut conduit devant le général Solignac, commandant le département. Solignac eut des égards pour le grand orateur et l'invita même à sa table. « Après le dîner, racontait plus tard Berrj'^er, comme nous prenions le café, le général me dit de l'air le plus tranquille : J'ai envoyé une dépêche au ministère pour proposer de vous faire fusiller. — Je fus tellement ému à cette parole que je laissai échapper la tasse que je tenais à la main. —Mais, ajouta Solignac, vous verrez qu'ils sont trop lâches pour m'en donner l'ordre. Une demi-heure après la dépêche arrive : Qu'estce que je disais? s'écrie le général. Montalivet refuse; c'est une poule mouillée ^ ! »

Berryer apprit ensuite qu'il allait être traduit devant le conseil de guerre. « Je protesterai, répondit-il, je suis bourgeois de Paris ; je ne puis être jugé que par mes pairs. » En attendant, on l'écroua à la prison de Nantes et on le mit au secret.

C'était le 10 juin 1832. « Le lendemain, un individu entra dans la chambre que j'occupais. Je lui demandai son nom ; je craignais qu'il n'appartînt aux conseils de guerre, qui étaient alors assemblés, et dont j'étais très déterminé, en vertu de mon droit personnel et de ma qualité de député, à décliner la compétence. Cet individu, que je ne connaissais pas, me dit qu'il était le procureur du roi de la ville. Il m'avoua qu'il avait du chagrin de me voir au secret, d'autant plus que ma détention pouvait se prolonger 2.... »

Après cette entrée en matière notre procureur, d'un air fort embarrassé, fit à Berryer stupéfait la déclaration suivante.

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