Mémoirex d' outre-tombe, t. III. p
Après quinze jours de détention, les trois amis de Berryer furent remis en liberté. Et Chateaubriand s'empressa d'écrire au ministre de la justice • ^ Non seulement j'ai approuvé l'opinion de M. Berryer, mais j'ai rédigé une note dans le sens de cette opinion même.... Le véritable coupable, s'il y a coupable, c'est moi. Cette déclaration servira, j'espère, à la prompte délivrance du prisonnier de Nantes ; elle ne laissera peser que sur ma tête l'inculpation d'un fait, très innocent sans doute, mais dont en dernier résultat j'accepte toutes les conséquences ^ »
La détention de Berryer n'en continua pas moms pendant quatre longs mois, si dure et si étroite tout d'abord, qu'on lui avait refusé la permission d'embrasser son fils et son vieux père. Cependant la presse légitimiste et républicaine protesta énergiquement; des témoignages de sympathie arrivèrent au prisonnier de tous les points du royaume ; à Paris l'ordre des avocats se réunit sous la présidence de j\P Mauguin, son bâtonnier, vota une adresse touchante et chargea une députation d'aller la porter à Nantes. Des avocats de tous les barreaux de France sollicitèrent l'honneur de défendre l'accusé, et le vieux Cambronne, accablé d'années et d'infirmités, déclara qu'il se ferait porter au tribunal et prendrait place aux côtés de son sauveur 2.
Le gouvernement eut peur, mais ne céda qu'en partie. D'abord, le 30 juin, la cour de cassation, arrachant Berryer au conseil de guerre, le replaça sous la juridiction ordinaire. Avant de le traduire en cour d'assises, la chambre des mises en accusation de Rennes attendit jusqu'au 10 août. Puis, sur la demande du procureur général de Rennes, qui craignait des troubles à Nantes pendant le procès, l'accusé, malgré sa