‹ BerryerChapitre 65 sur 211 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

behryer et chateaubriand

Berryer ne demeura pas longtemps en Suisse. Il s'y trouvait depuis une quinzaine de jours lorsque la nouvelle de l'arrestation de Madame vint l'arrachera son repos. Gomme le prévoyaient d'avance Berryer et ses amis, le soulèvement de Vendée avait échoué. Plusieurs centaines de gentilshommes et de paysans se battirent vaillamment au Chêne et à Aigrefeuille. A la Pénissière, ils luttèrent quarante contre deux cents pendant un jour entier dans une maison en flammes, montrant ainsi qu'en France les causes malheureuses et tenues pour légitimes ne manquent jamais de soldats et de martyrs. Entrée à Nantes après mille aventures, Madame s'obstina à y demeurer jusqu'au jour où, pour un demi-million, le juif renégat Simon Deutz la vendit à M. Thiers. Berryer apprit cette nouvelle à Lausanne. Il partit aussitôt pour Genève, où séjournait depuis quelque temps M. de Ghateaubriand, et l'informa de ce qu'il savait. Tous les deux s'empressèi^ent d'écrire à Madame pour réclamer l'honneur de la défendre ; puis ils rentrèrent à Paris.

Ici se place un fait qui met en pleine lumière le noble caractère de Berryer. En arrêtant la duchesse de Berry, le

gouvernement fit saisir sa correspondance. On y trouv? quantité de lettres pleines de dénonciations outrageantes contre l'orateur royaliste. Dès que ce dernier fut rentré à Paris, M. Thiers s'empressa de les lui faire remettre. C'était une excellente occasion de lui dire indirectement : « Voyez comment vous traitent ceux pour qui vous sacrifiez tout. » Berryer prit les lettres, les parcourut froidement, et, dominant la peine cruelle qu'il ressentait, dit à la personne qui les avait apportées : « Je n'ai pas besoin d'en lire davantage. Les hommes qui ont écrit cela sont trop francs pour m'avoir caché leur dissidence ou leur blâme. J'aurai à leur prouver qu'ils se trompent, et soyez sûr que je n'y manquerai pas. »

« Voilà Berryer, remarque à ce sujet M. de Falloux; je fus de près le témoin. des violences étroites, ingrates, quelquefois jalouses, qui n'ont cessé de le poursuivre même dans tout l'éclat de ses services.... Personne ne connaissait mieux que lui les méfiances et les calomnies dont il était l'objet. Jamais il n'en fut un seul instant ni découragé ni refroidi K »

Quelques jours après, Thiers, ne voulant pas rester enj retour de grandeur d'àme, fit entrer Berryer dans son cabinet et lui dit : « Voici des papiers qui prouvent la complicité] de plusieurs personnages du parti légitimiste dans les affaires de Vendée. Je vais anéantir ces papiers sans même en parler! au roi. » Et il les jeta au feu. Cette scène n'avait-elle pas été] concertée d'avance avec le roi lui-même? En tout cas Berryer] s'en montra fort touché 2.

Cependant qu'allait devenir la duchesse de Berry? « Ilsi seront plus embarrassés que moi, » avait-elle dit lorsqu'onj l'arrêta. En effet, les esprits étaient dans une agitation .ex- j trême. « Il faut la reconduire à la frontière, opinait sage-

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