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Œuvres, II, p

justement, un arsenal pour la défense des meilleures opinions <. » Il semble toutefois qu'il soit logique de distinguer, pour la politique intérieure, les discussions qui intéressent — le gouvernement, — la liberté, — la prospérité matérielle du pays.

Avec le gouvernement, Berryer demeurée l'état de lutte. Son opposition légitimiste continue, défensive et offensive à la fois. Il est royaliste parce qu'il voit clairement dans le principe de la royauté traditionnelle et héréditaire l'intérêt supérieur de la France. « Des convictions fondées sur l'intérêt de mon pays m'avaient fortement attaché au principe de la transmission héréditaire et légitime de la souveraineté, suivant la vieille loi de la monarchie française -. » C'est dans ces sentiments qu'il défend la Restauration attaquée, dégageant d'ailleurs très nettement le principe des hommes et de leurs actes. Il s'en explique le 31 décembre 1834, en répondant à M. Thiers, qui avait rappelé les proscriptions de 1815 :

Lorsque pour attaquer un principe ou pour mettre un autre principe en parallèle, M. le ministre a discuté les actes de la Restauration, la réponse ne pouvait m'être personnelle; grâce à Dieu, j'ai gardé entière l'indépendance de ma vie, je n'ai pris envers mon pays aucune responsabilité dans des actes funestes pour lui. Mais y a-t-il bien vérité dans ce qu'a dit M. le ministre, lorsqu'il a confondu le principe et les actes du gouvernement? Il a parlé de servilisme envers l'Europe et d'inclémence, de désordre; je ne répondrai pas à tout, je ne le veux pas, je ne le dois pas 1

M. Fulchiron. — Parlez!

M. Berryer. — Je parlerai selon que je le croirai nécessaire. (A gauche : Très bien!)

1. Préface des Œuvres de Berryer, p. 3iT, î. Œuvres parlem., III, p. 193.

Je dis, Messieurs, que pour les hommes de conscience et de lumières qui se trouvent après une révolution dans une position analogue à la mienne et à celle de mes amis, il n'y a pas bonne foi, il n'y a pas vérité à confondre le principe d'un gouvernement avec les actes de ce gouvernement. Cela est si vrai qu'aujourd'hui les hommes les plus dévoués au gouvernement de Juillet, qui voient le^ actes de ce même gouvernement, vous leur feriez détester ce principe, si c'étaient choses inséparables. (A gauche : C'est très bien! c'est ti^ès bien !)

n en est de même poiir la Restauration. Or, je ne viens pas en présenter ici la justification; mais je dégage le principe auquel ma con- \-iction demeure attachée des faits auxquels je n'ai pris aucune part et dont je n'assume aucune responsabilité. Je ne serai pas lâche cependant à défendre ce que j'ai aimé, ce que j'ai honoré; mais entendons-nous bien : je n'ai pas changé de système, je n'ai pas changé d'opinion politique.

Depuis le jour où, voyant tomber le grand colosse de l'Empire, où, voyant l'impuissance d'une victorieuse épée à soutenir un gouvernement, j'ai compris que la puissance d'un homme, quel que fût son génie, était insuffisante à maintenir l'ordre et la sécurité dans un État; de ce jour j'ai compris qu'il fallait un principe pour protéger la société, que les grands génies passaient souvent sur elle plutôt comme des calamités que comme des astres bienfaisants. Je me suis dès lors attaché au principe qui ce jour-là fut rendu à la société française ; moi, homme obscur, ignoré, jeté dans les paisibles travaux de ma profession libre et indépendante, je n'ai pas pris part aux affaires de l'État; mais je les voyais en gémissant, et j'ai cette satisfaction au fond de mon cœur, que mon premier pas dans la carrière que j'ai suivie a été de lutter contre des actes de la nature de ceux que vous voulez faire, et je me rappelle les douleurs de ma vie lorsque j'ai vu les principes de la royauté détournés de ses voies, lorsque je l'ai vue entraînée dans un système qui devait la perdre et l'a perdue.

Vous parlez d'inclémence et de proscription. Quels étaient les conseillers de la couroime, les ministres du roi, à l'époque du 24 juillet 1815, lorsque les ordonnances de proscription ont été rendues ? C'étaient.... vous les connaissez, vos amis, chargés encore par vous d'une grande part dans le maniement des affaires publiques de mon pays. Rappelez-vous les noms des ministres de 1815! Etait-ce un homme de la vieille monarchie ou un homme de la révolution qui a contresigné ces ordonnances? Quels hommes ont dirigé les affaires de la royauté pendant les premières années de son établissement? Quels hommes l'ont égarée, perdue?.... Contre qui luttions-nous. nous.

hommes de liberté, hommes de foi dans la puissance du principe royal? Contre vos amis, contre vous-mêmes, peut-être i....

Et comme un autre jour, je ne sais quel ministre affirmait, aux applaudissements de ses amis, que la Restauration avait été le fruit de Waterloo, Berryer s'écria :

Mais je m'étonne, Messieurs, de vos acclamations irréfléchies (Oh! Oh/), et je voulais n'inspirer qu'une réflexion au ministre imprudent qui a osé tenir ce langage : je voulais lui demander s'il a oublié aujourd'hui les noms de tous ceux qui ne sont entrés en France qu'à la suite des événements qu'il signale *. {Longue et bruyante interruption. Rires aux extrémités.)

Quant au nouveau régime, en raison de son principe et de son origine révolutionnaire, Berryer le juge condamné d'avance :

Vous avez posé le principe de la souveraineté du peuple, dit-il aux vainqueurs.... Le droit royal a été anéanti parce qu'il était (et vous l'avez gravé en tête de la Charte nouvelle) « attentatoire aux droits imprescriptibles et inaliétiables de la nation. »

Quand ce principe a été posé,.,, les hommes appelés à exercer le pouvoir, des hommes aux sentiments monarchiques desquels je suis prêt à rendre hommage, malgré la mauvaise influence qu'ils ont exercée sur les premières années de la Restauration {On rit) ....ces hommes se sont trouvés embarrassés de leur principe.

Alors, ils ont voulu persuader à la France qu'il n'y avait eu chez nous qu'une sorte de révolution de 1688, un simple changement de gouvernement et de dynastie, lorsqu'il y avait eu en efl'et changement de principe, le changement subit du principe régulateur de tout le droit social, c'est-à-dire une révolution entière, une révolution immense dans sa puissance actuelle, dans ses conséquences ultérieures, une révolution telle à mes yeux que, dans l'histoire du genre humain, je ne connais pas une grande nation autre que la nôtre chez qui un pareil événement se soit jamais accompli. {Mouvement.)

Je l'avoue, Messieurs, je ne puis comprendre comment ces hommes habiles n'ont pas envisagé comme une folie de vouloir en trois années, devant un peuple auquel on ne dispute pas d'être le plus éclairé de la terre, qui avait vu les événements s'accomplir sous ses yeux,

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