Thureau-Daugin, le Parti libéral, p
les parlements avec leur droit de remontrance, on n'eût osé présenter une pareille loi au pays.... Je dis, moi, qu'il y a témérité dans une société comme la nôti'e, où l'exercice des droits est limité à un si petit .nombre de citoyens, en présence du développement toujours croissant de l'élément démocratique, de la constitution démocratique du pays, il y a un énorme danger à diminuer les droits anciens, le droit qu'on regardait comme droit de la nation, le droit consacré par tous les souvenirs de notre histoire, le droit de choisir et d'élire un régent, exercé jusqu'à ce jour par tous les pouvoirs publics toutes les fois que l'occasion s'en est présentée.
Je dis que repousser ainsi par des défiances un pouvoir que vous reconnaissez tellement immense qu'il est aujourd'hui même constitutif de la monarchie, c'est une imprudence, c'est une faute, c'est un péril *.
l Mais ce fut sur le terrain de la liberté que Berryer porta au gouvernement de Juillet ses coups les plus vigoureux. La France ! la royauté ! la liberté ! Berryer ne les séparait point dans ses affections. Il regardait la liberté comme le plus grand bien des peuples, la jugeant surtout nécessaire à la France moderne. Homme de 89, monarchiste constitutionnel, ne le vit-on pas un jour affirmer devant Charles X lui-même la nécessité de la Révolution française? « Oui, Sire, lui disait-il, c'est la gloire de vos prédécesseurs d'avoir mis la France en cette situation de désirer la liberté. Si elle fût restée telle qu'elle était sous Louis XI, elle n'aurait pas senti cette nécessité ; mais, par l'effet de son développement naturel, de ce développement qu'elle devait à vos aïeux, la France appelait tous les progrès. »
<i Quel que soit l'avenir gouvernemental de notre pays, écrivait-il un jour à M. de Lacombe, que le gouvernement soit la Royauté, la République ou même l'Empire, il ne pourra
se maintenir et donner au pays quelque chance de durée qu'en développant avec fermeté le régime des libertés politiques.
Il ajoutait aussitôt que dans sa « profonde et persévérante conviction, la plus sérieuse, la plus puissante garantie de l'ordre constitutionnel et de la liberté reposait sur le principe de la monarchie traditionnelle et héréditaire ^. » A son avis, pour que les libertés puissent naître et grandir dans le pays, il faut un gouvernement fort, reposant sur un principe immuable. »
J'étais profondément convaincu que le pouvoir royal, tel qu'il était constitué en France, sur un principe transmis de siècle en siècle et en dehors de toute discussion, se trouvait dans la position la plus favorable pour que se développassent devant lui, sous lui, à côté de lui, toutes les libertés dont le pays a besoin. J'étais convaincu qu'un pouvoir ainsi constitué n'avait rien à redouter de la liberté, qu'il ne devait pas, comme un gouvernement nouveau, se montrer jaloux, inquiet, ombrageux, qu'il pouvait ne pas disputer ce que le pays était en droit de réclamer dans la position nouvelle d'intelligence, d'activité, d'égalité où l'avaient placé les rois, aïeux de celui qui régnait alors sur la France s.
C'est pourquoi nous voyons Berryer se faire l'apôtre de la liberté et la réclamer sous toutes ses formes. Jamais peutêtre orateur n'a parlé d'elle avec de tels accents. D'ailleurs il n'était point seul dans les combats qu'il livrait pour l'obtenir. Après Juillet, les coalisés se divisèrent. Les uns, partisans d'un gouvernement à l'américaine, ou sectateurs de la constitution de 1791, revendiquèrent hautement les libertés tant de fois promises. Loin de les accorder, les ministres eurent souvent recours à des lois d'exception. « Ainsi, disait Berryer, leurs magnifiques promesses ne sont que de magnifiques mensonges. » Naturellement, leur but étant le même,
1. De Lacombe, M. Berryer et la situation présente, p. 24, 25.