‹ BerryerChapitre 79 sur 211 · Œuvres parlem., I, p · texte numérisé non relu

Œuvres parlem., I, p

— 188 « tage aux besoins de l'Église, et que la liberté religieuse, comme les autres, serait plus étendue et plus respectée, en s'abritant sous un pouvoir fort et incontesté. Cette alliance netait-elle pas, d'ailleurs, quatorze fois séculaire? N'avaitelle pas été consacrée récemment par des malheurs communs, scellée, en quelque sorte, avec le sang des martyrs ? Et en ce moment même, le parti légitimiste ne donnait-il pas à l'Église ses fidèles les plus dévoués et les plus respectueux? C'est pourquoi Berryer eût désiré qu'on ne séparât point la défense religieuse de l'action royaliste.

Or, telle n'était pas alors l'opinion des chefs du mouvement religieux. Montalembert, le plus éloquent et le plus intrépide défenseur de l'Église au xix'' siècle, Montalembert, dont le glorieux souvenir doit vivre à jamais dans le cœur des catholiques de France, Montalembert, aidé de Mgr Parisis, de Lacordaire, de Ravignan, de L. Veuillot, d'Ozanam et de Dupanloup, travaillait avec une infatigable énergie à constituer dans le pays un parti catholique. En revendiquant, comme ils disaient, la liberté religieuse sous le drapeau de la liberté civile, ils perdaient de vue le principe sur lequel s'appuyait Berryer, ils oubliaient que les libertés ne sont pas indépendantes des gouvernements. Berryer sentait la faiblesse originelle de la monarchie de juillet et prévoyait la catastrophe qui devait l'emporter. « La liberté est notre soleil, s'écriait au contraire Montalembert. La Charte est le sol sur lequel nous nous appuyons ; il n'est donné à personne d'arracher ce sol de dessous nos pieds. » Une expérience prochaine devait lui apprendre qu'il se trompait. Donc, à ses yeux, ce qui importait, c'était de dégager l'Église, ses libertés, son avenir, des intérêts de la monarchie vaincue. € La Restauration, disait-il à la Chambre des pairs, est tombée tristement, convaincue d'une ignorance et d'une inca-

pacité sans excuse. » Et plus tard : « Personne, à dater du jour où j'ai abordé pour la première fois cette tribune, n'a brisé plus complètement que moi avec les espérances et les regrets du parti légitimiste. »

Lacordaire parlait de même : « Après cinquante ans que tout prêtre français était royaliste jusqu'aux dents, j'ai cessé de l'être, je n'ai pas voulu couvrir de ma robe sacerdotale un parti ancien , puissant, généralement honorable, mais enfin un parti. » Et Ozanam écrivait : « J'ai sans contredit pour le vieux royalisme tout le respect que l'on doit à un glorieux invalide, mais je ne m'appuierai pas sur lui, parce qu'avec sa jambe de bois il ne saurait marcher au pas des générations nouvelles. » En dehors des légitimistes, des conservateurs et des libéraux, Montalembert voulait que les catholiques s'organisassent à part pour conquérir leurs libertés. Il redoutait même l'intervention de Berryer et des légitimistes dans les affaires religieuses, craignant que les libertés qu'ils revendiquaient ne fussent repoussées comme des réclamations d'un parti vaincu. On comprend que ces déclarations, cette attitude, n'étaient pas faites pour plaire à Berryer. Entre ces âmes si généreuses, également dévorées de l'amour du bien et de la liberté, il y avait donc un malentendu regrettable.

M. de Falloux raconte qu'il s'efforçait de le faire cesser. Il disait à Montalembert : « La conscience religieuse et la conscience politique ne peuvent pas demeurer à perpétuité sans contact, sans relation l'une avec l'autre; elles sont faites pour vivre ensemble et pour s'éclairer mutuellement dans la société comme dans l'individu. Vous avez renoncé à suivre l'abbé de Lamennais dans la doctrine de la séparation absolue de l'Église et de l'État : ne reprenons pas le même air une octave plus bas ! Soyons plus prudents que ne Fa été

la Restauration. Attestez à la tribune, attestons partout que nous avons compris les leçons de l'expérience, mais laissez les légitimistes faire librement leurs réserves pour l'avenir. »

« Quand je venais, continue M. de Falloux, à personnifier mes idées, je concluais que la ligne de M. Berryer et la ligne de M. de Montalembert, l'une plus exclusivement politique, l'autre plus exclusivement religieuse, pouvaient être distinctes et ne devaient jamais être ennemies, car elles embrassaient l'ensemble des grands intérêts du pays. Plus je m'efforçais de me rendre compte de l'état de notre société, plus je me confirmais dans la persuasion que les hommes jeunes, indépendants envers le passé, envers le présent, devaient tendre au rapprochement de ces deux lignes au lieu de pousser à leur réciproque hostilité; et, à mesure que j'avançais dans la vie pratique, je m'appliquais davantage à servir de trait d'union entre M. Berryer et M. de Montalembert K »

Cette union, désirée par M. de Falloux, s'accomplit plus tard. L'accord de leurs douleurs amena l'accord de leurs convictions. « La Révolution de juillet, écrivait, après le coup d'État, Montalembert, nul ne doit le méconnaître aujourd'hui, a porté atteinte au droit et à la vraie liberté ; elle a lâché les rênes à cet esprit de révolte qui a abouti à la réaction actuelle contre la liberté -. » Avec une noblesse d'àme qui l'honore, il demandait pardon « aux orateurs du parti légitimiste des pensées et des expressions qui avaient pu les affliger; » il s'excusait d'avoir voulu dégager la cause catholique de toute alliance politique, « même de celle qu'une longue communauté de gloire et de malheur, que des traditions séculaires et sacrées, rendaient si naturelle et si honorable, avec la royauté du vieux droit. Nous avons tous

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