‹ BerryerChapitre 88 sur 211 · Œuvres parlem., II, p · texte numérisé non relu

Œuvres parlem., II, p

présenta le projet aux Chambres en 1832. Mais la discussion ne s'ouvrit qu'au mois de mars 1834.

Berryer attaqua vigoureusement le projet. Faisant trêve à toute autre occupation, il s'enferma chez lui, comme Démos- Ihène dans sa caverne, et en sortit bientôt avec une de ses plus vigoureuses philippiques. A droite, à gauche, au centre même, ce fut un immense succès. Par 176 voix contre 168, la Chambre repoussa l'indemnité, et, à la suite de ce vote, le duc de Broglie, ministre des affaires étrangères, remit au roi sa démission.

« Qui répond le mieux à l'idéal de l'orateur, écrite ce sujet M. de Pontmartin, si souvent d'ailleurs injuste pour Berryer, celui qui atteint immédiatement le but qu'il se propose, ou celui qui, après avoir bredouillé devant ses collègues ou ses juges, lègue ensuite des périodes élégantes et correctes à l'admiration de la postérité ? Entre la Milonienne, qui fait encore, après vingt siècles, les délices des latinistes et le supplice des écoliers, et le discours sur l'indemnité américaine, qui arracha un vote d'enthousiasme à une majorité hostile, je n'hésite pas, je choisis Berryer; et si vous me dites que personne aujourd'hui ne se souvient de son discours, je vous réponds que celui de Cicéron, n'ayant pas été prononcé en temps utile, laissa partir son client pour les galères ^ »

L'année suivante, le duc de Broglie rentrait au ministère et son projet avec lui. Dans l'intervalle, de graves événements s'étaient produits. Le président des États-Unis, M. Jackson, avait adressé au Congrès un message menaçant pour la France. Il demandait l'autorisation de confisquer, jusqu'à concurrence de vingt-cinq millions, les propriétés

\. De Pontmartin, Nouveaux Samedis, Vl° série, p. 357.

des Français établis dans la République. Le Congrès refusa, mais notre gouvernement rappela son ambassadeur et remit ses passeports au ministre des États-Unis à Paris. Un conflit paraissait imminent, lorsque, sur les instances du roi, la question de la dette américaine revint à la Chambre.

Les débats durèrent du 9 au 18 avril 1835. Cinq fois Berryer prit la parole contre MM. Thiers, de Broglie et Lamartine : « Il nous semble le voir encore, écrit M. Louis Blanc; tantôt penché sur la tribune et les deux bras étendus sur l'Assemblée, il forçait ses adversaires à subir la domination de sa parole; tantôt, saisissant d'une main les documents fournis à l'appui du traité, et de l'autre marquant, pour ainsi dire, sur le marbre, chaque erreur de chiffres, chaque mensonge d'appréciation, chaque double emploi, il faisait passer devant les yeux de l'assistance éblouie je ne sais quelle arithmétique vivante. Jamais Mirabeau, fulminant contre la banqueroute, n'avait paru plus véhément, plus mdigné, et n'avait exercé d'une façon plus souveraine le pouvoir de l'éloquence K » Notre analyse très réduite et nos courtes citations n'en donneront qu'une faible idée.

Un orateur s'est demandé s'il se trouverait un homme de bonne foi, un homme de cœur et de conscience qui, dans cette assemblée, osât lever la main et dire : La créance des Américains n'existe pas. Eh bien, me voici! je lève la main, et je déclare que les 25 millions ne sont pas dus.... En effet, reconnaître cette dette, c'est admettre que les décrets impériaux ont été illégitimes. Mais ils avaient pour but de reconquérir la liberté des mers confisquée par les Anglais. Pourquoi les États-Unis ont-ils violé la neutralité par soif de l'or et condescendance pour l'ennemi de la France ? Ce que Napoléon leur demandait, c'était d'être fidèles à leurs engagements, c'était de se respecter eux-mêmes. Et comment? En faisant la guerre? Non, mais en ne faisant pas le commerce avec les nations qui violaient le droit des neutres.

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