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L. Blanc. Histoire de dix ans, IV

Et Berryer prouve que la plupart des navires confisqués étaient anglais, chargés de marchandises anglaises ; leurs lettres d'expédition étaient fausses et fabriquées. On a bien fait de les confisquer. D'ailleurs, que réclament les Américains? Que sont ces pertes insignifiantes à côté des bénéfices énormes puisés dans une audacieuse violation des traités?

Eh quoi 1 pendant tout ce laps de révolutions funestes et de guerres sanglantes sur le vieux continent, l'Amérique a toujours prospéré, et c'est aujourd'hui l'Amérique enrichie qui se dresse et, nous tendant la main, s'écrie avec menace : « Donnez-moi une indemnité ! »

Ah! Messieurs, une indemnité pour l'Amérique!.... Mais les Améi-icains sont déjà payés pour la plupart.... Des compagnies anglaises assuraient presque toutes les expéditions américaines et réassuraient les compagnies américaines elles-mêmes. En telle sorte que dans le moment où je parle, les compagnies d'assurances anglaises se réunissent à Londres et viennent de créer un comité pour former opposition entre les mains du gouvernement français à la remise des 25 millions qui seraient accordés aux Américains.

Une indemnité pour l'Amérique ! Qu'ils commencent donc par payer leurs dettes. Sur 260 millions auxquels la Louisiane fut estimée, 80 seulement ont été payés....

Vous dites que l'Empire a reconnu la justice de cette indemnité. Vous oubliez que c'était en 1814, c'est-à-dire au moment de la crise la plus violente, quand l'empereur voj'^ait le monde entier peser sur ses bras, quand il s'efforçait de secouer ces ennemis incommodes conjurés contre lui et résistait à l'univers.,.. Est-ce alors que l'on a reconnu le droit des Américains ? Non, Messieurs! Le ministre de Napoléon voulait exciter l'Amérique dans sa lutte avec l'Angleterre : Il faut salarier ces neutres qui font diversion et tiennent en échec les forces maritimes des Anglais, il faut les animer : donnez! donnez! accordez des faveurs; il ne s'agit pas de droits à reconnaître; donnez, donnez encore ! Allez au delà de ce qui est reconnu légitime; payez même ce qui est évidemment inadmissible! Voilà le cri jeté au milieu des désastres. Vous appelez cela une reconnaissance du droit! Non, il n'y en a pas eu !

La Restauration, elle, s'est bien gardée de reconnaître cette dette. « Eh quoi ! disait à l'ambassadeur des États-Unis M. de

Richelieu, eh quoi! vous venez au moment des traités de 1815, au moment où nous sommes condamnés par Tinfidélité de la victoire à supporter des impositions énormes, vous venez exiger de nous ce que les Anglais eux-mêmes n'ont pas osé nous demander.... »

On nous menace de la guerre. Le peuple français ne désire pas la guerre, mais il n'est pas dans ses habitudes de la craindre, et c'est par la lâcheté qu'on l'attire. On cherche à effrayer les intérêts du commerce français. « Mon zèle pour l'intérêt commercial ne diminue en rien celui que j'ai pour d'autres intérêts, ce zèle pour les intérêts d'honneur et de dignité de la France, zèle qui ne m'abandonnera jamais. » On est allé jusqu'à prétendre que l'Amérique fermant ses portes à nos vins et à nos soieries, une foule d'ouvriers resteraient sans travail et sans pain à la disposition de l'émeute.

Du rejet qui a eu lieu l'année dernière il n'est résulté aucune calamité intérieure, aucun désordre. Je sais qu'un ministre a jugé à propos de donner sa démission; mais je n'ai pas appris que les cinq cent mille ouvriers de nos villes de commerce aient été réduits à la misère parce qu'on a refusé de payer 25 millions aux Américains.... Nous sommes en ce moment en vérification de comptes avec M. Lubecki sur les prétentions de la Russie ; viendra-t-on nous répéter : « Donnez à la Russie ce qu'elle vous demande, sans quoi vos cinq cent mille ouvriers vont mourir de faim?.... » Qu'est-ce donc que de chercher ainsi à remuer les passions des masses populaires, à les alarmer en dehors de leurs véritables intérêts, pour des biens moins chers que la justice et l'honneur et sur des craintes chimériques ?

Messieurs, vous êtes les représentants de la nation la plus généreuse mais en même temps la plus fière du monde. Vous ne devez rien, on vous demande avec insolence! Prononcez maintenant sur la loi*.

Cette fois, la Chambre se déjugea et vota l'indemnité qu'elle avait rejetée l'année précédente. L'influence royale, le désir de soutenir le ministère et surtout des considérations d'inté-

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