Œuvres parlementaires, t. II, passim
rèt commercial dominèrent, dans la majorité, le sentiment de la dignité nationale.
On sait que toute la politique étrangère du gouvernement de Juillet reposa sur l'alliance anglaise. L'Angleterre seule avait fait bon accueil à Louis-Piiilippe. Elle ne pardonnait pas à la Restauration d'avoir pris Alger et de s'être unie à la Russie pour le partage de la Turquie et la conquête des provinces du Rhin. Cette alliance, Berryer ne blâme point le gouvernement de l'avoir contractée.
C'était son devoir, il était dans sa conviction, dans sa loyauté, il a bien fait, lui et ses prédécesseurs; mais ce que je garde, moi, homme de France.... (Mouvement) comme vous, Messieurs, je me fais honneur d'être un de vous, et je ne pense pas, par aucune expression, chercher des distinctions entre moi et mes honorables collègues ; ce que je garde le droit d'examiner, c'est la question de savoir si, dans les nécessités occasionnelles qu'on a pu rencontrer, on est demeuré ferme, inébranlable dans la pensée de conserver les intérêts généraux, les intérêts permanents de mon pays *....
Or, l'alliance anglaise, tout le monde le reconnaît aujourd'hui, ne fut pour nous qu'une longue duperie. L'union était vraiment contre nature. Ce que l'Angleterre a toujours et avant tout cherché, c'est son propre intérêt; et elle le cherche avec une intolérance hautaine, avec un égoïsme sans scrupule et sans loyauté. Or, ses intérêts sont partout en opposition avec les nôtres. Donc, nécessairement, elle nous combattra avec acharnement. Lord Palmerston, le grand ministre anglais de cette époque, lord Palmerston, justement appelé « le bouledogue de l'Angleterre, » ne cesse, de 1830 à
i. Discours sur Valliance anfjlaite. II, 163.
1841 et de 1846 à 1851, de nous montrer les dents et d'aboyer contre nous. Toute sa politique est inspirée par la haine de la France. Partout il cherche à combattre son influence, à la mortifier et à lui nuire.
C'est ce que Berryer comprend à merveille. Il est juste pour TAngleterre, il l'estime, il parle de son génie avec admiration :
Il faut en parler non pas dans un sentiment étroit, mesquin et iujurieux, mais dans un sentiment juste, dans un sentiment appréciateur de sa grandeur, de sa puissance, de sa bonne et nationale politique; il ne faut pas nous laisser abattre par les grands développements qu'elle reçoit, mais, au contraire, puiser, dans les exemples donnés de ces grands efforts, des encouragements pour tenir une conduite pareille, maintenir avec la même énergie la nationalité et comprendre les grands intérêts ainsi que leur expansion dans le monde, comme l'Angleterre sait les comprendre i. (Vive approbation.)
Mais il veut qu'on s'en défie, qu'on évite avec elle les condescendances et les faiblesses, qu'on ne fasse point son jeu. « Messieurs, une bonne défense de ses droits légitimes, de sa dignité, une bonne attitude dans toutes les situations, voilà les moyens pacifiques qu'un gouvernement doit employer. » Il ne l'aime point ; il semble que sa voix puissante réveille en quelque sorte un écho de Grécy, d'Azincourt et de Waterloo. Gomme Démosthène dénonçait aux Athéniens les projets de Philippe, pendant dix-huit ans Berryer dénonce l'ambition insatiable de l'Angleterre. Dans les questions de Belgique et d'Orient, dans la révolution espagnole aussi bien que dans les affaires coloniales, partout il la rencontre, partout il signale son égoïsme traditionnel et sa déloyauté.