I. Discours sur Vaîliance anglaise, III
La révolution belge fut la grande affaire des cinq premières années du règne. Dans cette question, dont le dénouement avait pour nous une importance capitale, Berryer montre nos bons alliés ardemment occupés à combattre nos intérêts.
En 1815 qu'a-t-on fait? On a voulu l'impossible en unissant la Belgique à la Hollande. On a fait un mariage monstrueux de deux êtres antipathiques : différence de religion, de mœurs, de langage; différence dans la nature et l'essence des intérêts ; l'un de ces peuples, navigateur, commissionnaire et voiturier; l'autre, producteur, manufacturier : voilà les deux pays que l'on a cherché à unir en une seule nation.
Qui a imposé cette situation impossible ? L'Angleterre. Il fallut, pour satisfaire l'Angleterre, pour que la Belgique n'appartînt jamais à la France, essayer même l'impossible, et le royaume des Pays-Bas a été formé.
Après la révolution de 1830, la scission entre la Belgique et la Hollande s'est opérée. La France a-t-eUe pu en profiter? Non, assurément. La Belgique, animée d'une pensée toute française, demanda vainement dans sa première assemblée sa réunion à la France, et offrit vainement à un prince français la couronne de Belgique; ce premier résultat de ses délibérations fut perdu.
L'Angleterre, toujours prévoyante, s'était armée des précautions nécessaires, et avant que la Belgique délibérât dans son congi'ès national, l'Angleterre avait fait signer à la France un traité par lequel chaque puissance signataire s'obligeait à ne point recevoir pour un prince de sa famiUe la couronne de Belgique si elle lui était offerte....
Le système de la neutralité belge fut alors inventé i.... Qu'est-ce, après tout, que cette neutralité dont on s'est tant enorgueilli et qu'on a présentée comme une victoire obtenue par le gouvernement français ? La neutralité n'était autre chose que la déclaration faite que le mouvement qui portait les provinces belges vers la France était comprimé, était vaincu. Le résultat, c'a été que la Belgique fut tenue, comme en 1815, complètement étrangère à la P'rauce, que toutes les précautions furent prises pour que la ligne de forteresses ne fût
i. Discours sur Valliance anglaise, II, p. 470.
pas rompue.... » Le résultat, c'a été la Belgique donnée à un prince allemand d'origine et, par alliance, anglais et français tour à tour.... .... Et quand il s'est agi de prévoir l'entrée et la marche des troupes françaises, avec quel soin n'a-t-on pas réglé cette entrée, cette marche, le séjour des troupes, leur sortie et leur retour en France ?.... N'a-t-on pas exigé qu'aussitôt que les troupes hollandaises seraient contraintes de quitter la forteresse, les troupes françaises se retirassent et revinssent en France, et cela sous la surveillance d'un commissaire anglais! Le commissaire anglais était là pour surveiller l'évacuation : tant il est vrai que l'intérêt anglais est vivace, vigilant, bien défendu 1 Voilà pour la question belge i....
a En politique, disait lord Palmerston, les peuples n'ont pas de cousins. » II nous le montra bien dans la question d'Orient. Les faits sont connus. Le pacha d'Egypte, Méhémet-Ali, avait, dans une première guerre, enlevé la Syrie au sultan Mahmoud. Quelques années plus tard, il écrasait les Turcs à Nézib et menaçait Gonstantinople. Qu'allait faire l'Europe? En France, Méhémet était très populaire. Tout en arrêtant les conquêtes du pacha, notre gouvernement eût voulu les maintenir. Son but était de rétablir la paix entre le sultan et son vassal. Bien différente fut la politique de Palmerston. Malgré l'alliance qui nous unissait à l'Angleterre, malgré nos intérêts et. nos droits évidents dans la Méditerranée, Palmerston, à l'instar de M. Guizot, notre ambassadeur à Londres, signa avec la Russie, la Prusse et l'Autriche, un traité secret d'où la France était exclue. C'était Je 15 juillet 1840. On donnait dix jours au pacha pour évacuer la Syi'ie. Comptant sur nous, Méhémet résista, et les Anglais bombardèrent Beyrouth. Alors un souffle de guerre passa sur la France. M. Thiers, président du conseil, entraîné par