‹ BerryerChapitre 94 sur 211 · Ibid., III · texte numérisé non relu

Ibid., III

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« Si rhonneur de la France le demande, si ses droits méconnus, son territoire menacé ou ses intérêts sérieusement compromis l'exigent, le pays n'hésitera devant aucun sacrifice...., etc. » Ce fut surtout contre ce passage que s'éleva l'orateur.

On dit qu'on conservera la paix tant que les intérêts ne seront pas menacés. Ils ne le sont pas?..,. Quoi! une même puissance, une grande puissance maritime possède Gibraltar, Malte, les îles Ioniennes, a le pied sur la Syrie, aura le pied tout à l'heure sur l'Egypte, et vous ne sentez pas ce qui vous menace dans la Méditerranée ! {Vive sensation.)

.... Eh! Messieurs, les intérêts! 11 n'y en a pas de plus grands niip Ifs influences; les intérêts du moins sont protégés par les influences.

(juelle était la vôtre? Votre influence en Orient, fortifiée, je dois le dire, par l'expédition de Grèce et surtout par la prise d'Alger, avait des siècles d'origine ; elle avait été rajeunie par Napoléon dans la savante et héroïque expédition d'Egypte. Cette influence, quel homme est allé en Orient sans en parler, sans la reconnaître, sans ouvrir son imagination à de magnifiques spéculations sur les avantages que la France pouvait y tirer de son ascendant, de son crédit, de son autorité morale, intellectuelle et guerrière dans ces contrées? Qui ne l'a pas constatée? Et que devient-elle? Messieurs, je n'aime point les vaines phrases ; mais les idées m'appellent !

Messieurs, je l'entends, je l'entends, ce canon de Saint-Jean-d'Acre ; j'entends au fond de la Méditerranée le canon anglais qui brise Saint-Jean-d'Acre devant lequel Napoléon s'était arrêté. [Mouve^nent.) Et vous aUez entendre, aux rives d'une autre mer, un autre canon, qui vient vous annoncer l'arrivée des restes du prisonnier des Anglais. A ses funérailles, et dans sa tombe même, est-ce que vous ensevelirez sans gémir, sans protester, l'influence, l'ascendant qu'il vous avait conquis et que vous gardiez encore? {Longs applaudissements.)

Sur un autre point. Messieurs, le langage de l'adresse me semble aussi devoir être repoussé : « Si les droits méconnus, si l'honneur de la France le demandent. » Il semblerait donc que nos droits n'ont pas été méconnus et que l'honneur de la France n'a pas reçu d'atteinte ? Gomment 1 nos droits n'ont pas été méconnus ? Et que sommes-nous donc dans le monde, et de quoi s'est-il agi? D'un grand règlement territorial, d'un partage d'influence, ou d'une simple délibération, si vous le voulez, sui* l'équilibre du monde européen ; et la France n'a pas délibéré 1

Et ce ne sont pas là des droits méconnus ? Mais ù quel rang la placez-vous donc? « Ses droits méconnus! » Comment! la France qui avait signé la note du 27 juillet, qui avait provoqué l'accord entre les puissances, qui s'unissait à elles pour l'acte à intervenir, elle est repoussée du traité ! Ce n'est pas là un droit méconnu ? Ceci ne touche point à votre honneur? (Bravos prolongés.)

J'ai entendu que l'on consolait les coeurs blessés en leur disan. qu'il y avait telle dépêche nouvelle de lord Palmerston où il protestait dans des termes fort honorables qu'il n'avait pas voulu tromper la France, qu'il n'avait pas voulu l'offenser; que jamais cet esprit d'hostilité n'avait dirigé l'xlngleterre. Je ne comprends pas cela, Messieurs. Est-ce l'Anglais qui sera juge du sentiment que nous devons avoir de ce que nous avons éprouvé? Que l'on disserte ingénieusement sur les nuances entre le mauvais procédé et l'offense, les faits parlent. Comment! vous avez été trompés, vous avez été trahis par l'insm'rection de Syrie, vous avez été humiliés par le traité dont on vous a exclus et que Ton vous a caché, et enfin vous avez devant vous un ambassadeur qui vous crie : « Comme ambassadeur, officiellement, au nom de la France, je l'ai dit et jn ne m'a pas cru; » et vous déclarez que l'honneur national n'a reçu aucune atteinte ? Je ne puis comprendre un tel langage. (Bruyants applaudissements.) .

.... Messieurs, une telle adresse doit être repoussée, le système du cabinet doit être repoussé seulement parce qu'ils se sont produits, seulement parce qu'ils se sont exprimés, seulement parce que leur pensée a été mise au jour. (Très bien/ très bien!)

(Une interruption de quelques instants succède à ces paroles dont il est impossible de rendre l'effet.)

.... Je connais mon pays, s'écrie l'orateur en terminant, je connais es sentiments; je sais que pour les hommes les plus attachés à des con\'ictions qui constituent un parti, il y a des sentiments qui dominent tout, qui emportent tout, et ce sont ces sentiments-là qui doivent réunir tout ce qui vit d'intelligence, de force et d'énergie en France ; ce sont ces sentiments qui prévaudront. Oui, la France, s'il le faut, se lèvera avec énergie, avec dignité, pour ce qui est juste, pour ce qui est honnête et glorieux ; et, malgré vous, elle sera encore la plus noble et la plus redoutée des nations de la terre i. (Acclamations unanimes.)

Après ce discours, le paragraphe de l'adresse relatif à la question d'Orient fut modifié. Le lendemain, dans tous les

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