Œuvres pariem., 111. p
descendant de Philippe V; vous avez donné énergiquement l'exclu- S'on aux candidats de toute cour étrangère, de toute cour rivale de la France; mais en même temps, ne vous y méprenez pas et vous avez dû le comprendre, vous avez frappé, vous avez sapé une des bases fondamentales de l'alliance que vous alimentiez et que vous caressiez depuis seize années avec l'Angleterre.... Vous avez bien fait, vous êtes sortis d'une voie mauvaise, vous êtes entrés dans la voie nécessaire pour l'intérêt fi-ançais.... Cette situation avantageuse pour nous, profitez-en, et qu'elle détruise complètement ce que vous avez fait en 1832, et qu'elle assure l'avenir de la France en assurant l'exclusion perpétuelle de la puissance étrangère.
Puis l'orateur s'anime, s'exalte en parlant de la France; la Russie, la Prusse et l'Autriche viennent, en dépit des traités, de confisquer Crocovie, anéantissant ainsi tout ce qui restait de la Pologne. Nous devons, s'écrie-t-il, protester avec énergie et sans crainte.
.... Comptons avec les puissances qui nous défient arithmétiquement, mathématiquement, puisqu'elles évaluent leurs forces par masses d'hommes, puisqu'elles partagent les peuples comme des troupeaux.
Où est la France avec ses 35 millions de Français? Où est son isolement? Elle protège l'indépendance des gouvernements d'Italie; elle protège le chef de la chrétienté ; elle protège, et nous le disons haut, la liberté de la Suisse; elle protège tous les États secondaires de l'Allemagne; elle s'allie avec toutes les puissances barbaresques; elle rend indépendants de la Porte l'Egypte, Tunis, le Maroc. La France ! elle a l'Algérie et elle entre enfin dans un système de colonisation qui permettra de modérer l'immense dispensation de ses forces dans ce pays. Elle peut avoir de belles réserves aguerries au feu des camjiagnes ; elle va les rallier en constituant son système de colonisation. Elle vient d'acquérir de bons rapports sur l'immense littoral de l'Espagne, depuis les hauteurs de la Catalogne jusqu'aux rivages de l'Andalousie ; voilà sur la Méditerranée la position qui nous appartient! {Longue et vive sensation.)
Pour la conserver et la développer, il faut une politique ferme, il faut une politique grande; il faut une politique avouée pour manier cette force, pour gouverner ce glorieux et puissant pays. Ne le restreignez pas, je vous en conjure, entre les mots de folie et de faiblesse. Ne nous parlez plus d'un contre quatre, ce qui n'est que la traduction du mauvais mot de l'année dernière ou d'il y a deux ans.
Un contre quatre ! Je ne fais pas de rodomontade; mais je dis : Ce n'est pas dans l'action que cette position est mauvaise pour la France, c'est dans les négociations. {Sensation. Applaudissements à gauche.) C'est dans les conférences, dans les souterrains des congrès diplomatiques, c'est dans ce que vous appelez le concert européen que cette position de la France un contre quatre est une trahison [Bravos à droite et à gawc/ie) ; mais au grand jour, au soleil, c'est autre chose 1 1....
Avec son ardent patriotisme, comment Berryer n'eût il pas été partisan de l'extension coloniale et civilisatrice de la France? Aussi intervient-il dans les nombreux débats qui ont lieu sur les colonies pendant la monarchie de Juillet. Tout d'abord, le 24 janvier et le 20 mai 1840, il attaque vigoureusement et contribue à faire supprimer le droit de visite qui accordait aux Anglais la surveillance de nos navires, sous prétexte d'empêcher la traite des esclaves.
Je ne crois pas que l'Angleterre l'ait jamais demandé (ce droit) dans la seule pensée d'arriver à l'abolition de la traite. Je suis convaincu, et ses efforts persévérants depuis deux cents ans me le démontrent, ne me permettent pas d'en douter, qu'elle a saisi le plus honorable prétexte pour s'armer d'un droit dont elle veut abuser, parce qu'elle veut prédominer, parce qu'elle veut tenir le sceptre des mers dans sa main. [Mouvement.)
Eh bien! c'est là ce que jusqu'au dernier moment tout Français doit combattre et repousser, pour que l'Angleterre ne dise pas arrogamment qu'elle tient ce sceptre sur nous, et nous devons vigilamment repousser toute proposition, toute mesure, toute insinuation par laquelle elle arriverait à saisir un droit que personne ne doit avoir, l'empire de la mer, qui doit rester libre pour tout le monde '.
Ailleurs, il s'indigne à la pensée que la France ne soit qu'une puissance continentale. Elle doit avoir des colonies pour ouvrir des débouchés à son industrie et tenir son rang