Œuvres parlem., IV, p
•2. Ibid., III, p. 120.
de grande puissance. C'est pourquoi, conclut-il encore, l'alliance anglaise est une chimère :
On a dit que la France est une puissance continentale, et qu'elle devait se borner là et renoncer aux possessions lointaines. Y a-t-on bien pensé? Quoi! Messieurs, la France ne sera qu'une puissance continentale, la France assise comme une reine sur une terre bénie du Ciel, entre ces vastes mers qui viennent rouler leurs flots sur ses rivages et solliciter en quelque sorte le génie de son intelligence. {Y if mouvement d'approbatio7i.)
Il n'en saurait être ainsi.... Depuis dix ans, depuis vingt ans, depuis trente ans vous avez fait des efforts inouïs pour mettre en activité l'admirable intelligence de ce peuple ; le génie créateur a été éveillé ; sur tous les points du royaume l'industrie a été appelée à enfanter des merveilles.
La puissance de la nature était insuffisante, l'art est venu en aide à la nature. Les productions s'accroissent, tout le monde travaille, tout le monde produit en France, et vous nous renfermerez dans nos deux frontières de terre et entre deux rivages 1 [Très bien! très bien/)
Et que deviendront toutes ces productions que vous excitez ainsi dans la France? Et cette immense machine à vapeur ainsi mise en mouvement, ainsi chauffée par le génie, par l'activité, par l'intérêt de tous, ne fera-t-elle pas une effroyable explosion, si les débouchés ne sont pas conquis?
Là est une rivalité; là l'alliance est impossible! Vous avez voulu un gouvernement de même nature ; vous avez voulu porter l'activité des esprits sur les mêmes objets; vous avez les mêmes besoins, des besoins rivaux; vous ne pouvez, à moins d'être condamnés à souffrir, vous ne pouvez compter sur cette alliance. Ce peuple s'est dit un dominateur, un maître; il s'est dit créateur de toutes les inventions, de tous les progrès qui honorent l'esprit, l'inteRigence humaine. Il disputera son ascendant; et la France voudra rivaliser parce qu'elle en a le droit ; l'alliance est donc impossible. (Sensation.)
Telle est la situation des affaires ; telle est, Messieurs, la situation que vous avez à servir, que vous devez défendre. Ministres sortis des bancs de l'opposition, vous pouvez vous vanter, vous pouvez vous proclamer les enfants de cette révolution ; vous pouvez en avoir orgueil ; vous pouvez ne pas douter de sa force, mais il faut payer sa dette. {Mouvem,ent prolongé.)
La Révolution a promis au pays dans le développement de ses principes, dans la force de ses principes, une puissance nouvelle pour accroître son influence, sa dignité, son ascendant, son industrie, ses
relations, sa domination au moins intellectuelle dans le monde. La Révolution doit payer sa dette; et c'est vous qui en êtes chargés! (À.gitation.)
Les principes qui ont triomphé après quinze années d'une opposition soutenue, ces principes sont des engagements envers le pays.
Pour tenir ces engagements, armez-vous hardiment, courageusement des forces qui sont propres à la révolution que vous avez faite. Vous nous devez pour la France l'emploi de ces forces, énergiquement, ouvertement, sans déguisement : vous nous devez toute la force promise au lieu de la force qui a été ôtée*. {Longs applaudissements.)
Berryer se sépare nettement de ses amis, de M. de Carné, entre autres, qui veulent que la France, dans ses missions diplomatiques, se préoccupe d'abord des intérêts les plus voisins sans aller aventureusement chercher des affaires aux extrémités du monde.
Si nous ne devons pas être une puissance maritime, pourquoi avons-nous un budget de la marine de 120 millions ? Pourquoi créons-nous des vaisseaux transatlantiques qui puissent porter nos forces et nos richesses sur tous les points du monde et lutter avec les produits étrangers?.... Si vous n'êtes pas une puissance qui ait le droit de porter au loin ses exportations, de soutenir l'honneur de son pavillon, il ne fallait pas tant discuter pour la liberté et l'indépendance du pavillon français. Je ne vous comprends pas ; il y a bien peu de lien entre vos idées. [Très bien! très bien!)
J'ai demandé pour mon pays une politique large, ferme, hardie, qui nous mît en état de lutter contre nos voisins. Et pourquoi ? Est-ce pour faire de l'opposition, créer des embarras? Non; c'est parce que je veux que mon pays puisse faire de grandes entreprises, et qu'en les faisant, il promène aux extrémités du monde son génie, son intelligence, son activité, et qu'il en rapporte des richesses ; qu'en formant des marins sur toutes les mers, il se mette en état de soutenir son droit et son génie. Je suis conséquent dans ma politique; je défends l'honneur et la liberté de notre pavillon, et je demanderai compte bientôt de ce qu'on a fait pour assurer son indépendance. {Bravos U7ianimes.)
Yoilà l'ensemble de mes principes. La France ne doit pas être simplement continentale ; gardons nos colonies d'Amérique, les magni-