‹ BerryerChapitre 99 sur 211 · Jbid.f III. Affaire de TaïLi · texte numérisé non relu

Jbid.f III. Affaire de TaïLi

que « lorsque la Providence fait tomber un empire entre les mains d'une nation puissante, ou le cœur de cette nation ne bat plus et ses destinées sur terre sont accomplies, ou elle sent la grandeur du don qui lui est fait et le témoigne en le gardant K » C'est pourquoi non seulement la France doit garder Alger; tous ses intérêts demandent qu'elle s'étende en Afrique , et cela il faut le faire sans rechigner, de grand cœur et au prix de tous les sacrifices.

Y a-t-il utilité à fonder un établissement à Alger, à y poser la puissance de la France? C'est incontestable, à moins que nous ne nous renfermions dans les considérations les plus mesquines, les plus étroites, les plus indignes d'une nation aussi éclairée, aussi généreuse, aussi fière que la nôtre.... La France doit prendre part h ce mouvement de progrès, de civilisation, qui se manifeste autour de la Méditerranée ; elle doit seconder ce progrès ; elle a le pied sur l'Afrique et son génie doit s'y porter, pour ne pas faire moins que le génie de Méhémet-Ali et de Mahmoud. {Très bien! Très bien!)

La France aui'a pour elle, puisqu'il faut toucher à toutes les considérations, un avantage énorme à conserver sa situation, à la fortifier, à l'étendre même, à porter l'influence de son génie dans le pays d'Afrique ; elle y aura un avantage matériel.

Ce n'est pas sans un immense profit pour le mouvement industriel des nations européennes que se fait ce grand changement de civilisation dans les États orientaux. Nos coutumes, nos usages, nos besoins auront pour résultat une exportation immense; c'est là un marché, le plus grand de tous, qui va sans cesse s'accroissant pour cette masse de produits qui vous accablent et qui vont s'accumulant tous les jours....

Mais jetons les yeux sur des intérêts plus élevés encore.... Qui ne comprend que ce mouvement vers lequel la Russie fait de si grands progrès et conquiert tant de forces, qui lui assurent le succès; qui ne comprend que ce mouvement amènera de grandes rivalités que l'habileté de grands politiques peut suspendre, mais qu'elle ne peut pas empêcher? Et quel sera le théâtre de ces rivalités? Quel est le centre du monde européen où les puissances lutteront entre elles? C'est la Méditerranée.

De ce côté nous sommes posés sur un étroit rivage ; c'est de l'autre

\. Thureau-Dangin, Histoire de la monarchie de Juillet, III, p. 537.

côté, en face de Toulon, que nous avons maintenant un immense rivage, tandis que nos ennemis possèdent Gibraltar, Malte, Corfou et qu'ils ont repris en Egypte l'influence que nous y avions ; tandis qu'en Grèce ce n'est plus nous qui exerçons la plus haute influence sur les délibérations du pouvoir de ce pays ; faites-y bien attention, Messieurs, il est d'une utilité immense pour l'avenir de la France de n'avoir pas un seul point de débarquement sur les côtes de la Méditerranée i....

Et Berryer s'afflige a que le fruit ne se présente pas même en fleur sur l'arbre que nous avons arrosé de tant de sang -. »

S'il signale le mal, il indique le remède; il réclame un système, une politique nette, précise et fermement exécutée :

Quand on n'a pas de système on ne gouverne pas, et quand on ne gouverne pas on perd toutes choses.... Huit années se sont écoulées et nous avons aujourd'hui le huitième gouverneur général. Cela ne signale-t-il pas le mal? Cela ne dit-il pas que le mal est dans les hommes et non pas dans les choses? Cette succession perpétuelle de systèmes est un vice qui a produit les plus funestes résultats? Nous voyons le gouverneur général qui voulait faire la guerre, remplacé subitement par un homme qui veut faire la paix.

Il s'établit une lutte continuelle entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire; les autorités envoyées sur les lieux sont en dissidence avec celles de la métropole s....

« Vous êtes des chiens, disait Abd-el-Kader à l'un de ses prisonniers, vous ne priez jamais Dieu. » C'est pour éviter ce reproche que Berryer demande instamment qu'on se préoccupe de la question religieuse :

Que la France ait de la dignité morale, et sans avoir la même religion, montrons cependant que nous avons un Dieu, que nous avons un culte, que nous avons nos prêtres; car, comme on l'a dit, l'accusation d'athéisme devant l'Arabe religieux serait bien plus funeste pour la France que l'accusation d'être chrétienne....

Et, Messieurs, si nous n'avons pas la même religion, nous aurons la justice, la bonne foi, l'équité, la loyauté, les relations commerciales, cette sécurité de relations des popiilations africaines avec la France,

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