‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 195 sur 230 · Discours de Berryer ù l'Académie, p · texte numérisé non relu

Discours de Berryer ù l'Académie, p

nités d'Homère, et à cet a atre orateur muet, mais frémissant, enthousiaste, qui l'écoute, l'inspire, parle par sa bouche, en lui s'applaudit soi-même.» M. de Salvandy, qui reçoit Berryer à l'Académie française, rétablit les choses dans leur vérité, et renvoie les éloges qu'elle mérite « à cette voix puissante, imposant ses idées et ses passions à l'auditoire vaincu, l'entraînant où il ne voulait pas aller, le gardant captif et docile sous son empire, ce que Tacite appelle tenir en main les rênes des esprits. »

Monsieur, lui dit-il avec un tact exquis, bien des gouvernements ont passé sur la France ; vous avez é+é mêlé toujours aux affaires publiques, et quand, au milieu de cette solennité, votre pays vous contemple, seul peut-être dans cette enceinte, vous ne portez d'autre distinction, d'autre marque de vos travaux, que la palme académique qui vous vient de nous, et le rayon qui vous vient de Dieu i !

M"^ de Janzé raconte qu'en sortant de la séance, Berryer rencontra un de ses amis un peu jaloux qui lui dit ; « Eh bien ! vous voilà donc passé immortel ! — Quel dommage, lui répondit Berryer en souriant, qu'il faille tant vieillir pour devenir immortel ^ ! » En raison de ses idées politiques, il crut devoir s'abstenir de la présentation d'usage au chef de rÉtat.

La situation particulière qui m'a été faite en 1851, écrit-il à M. Mocquard, son ancien confrère, rend cette présentation tout à fait impossible de ma part.

Je crois avoir acquis, il y a quinze ans, le di'oit de m'abstenir aujourd'hui d'une formalité dont l'accomplissement ne serait peut-être pas pénible pour moi seul, M. Mocquard sait bien que, par principe comme par caractère, j'ai autant de répugnances pour le bruit inutile et les vaines manifestations que pour un manque d'égards personnel. Je le prie de vouloir bien sans retard faire connaître la détermination qu'un sentiment honorable m'impose.

Paris, 23 février 1855.

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