Dcville, Éloge de Berryer, p
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Protéger un accusé contre les erreurs ou les entraînements de ses juges, écrivait-il, déchirer les fausses api^arences dont la vérité est trop souvent voilée, confondre les calomnies privées, dompter les haines et les violences de l'esprit de parti, déjouer les rancunes ou les iniques prétentions du pouvoir, maintenir le bon droit envers et contre tous, n'est-ce pas exercer dans l'État une haute magistrature i?
Ses confrères, heureux de retrouver le grand orateur dont le caractère et le talent les honoraient, nommèrent Berryer bâtonnier de l'ordre le 25 juillet 1852. Il fut réélu l'année suivante et présida jusqu'à la fm de 1854 les travaux hebdomadaires de la conférence des avocats. A ce titre, tantôt il adressait aux jeunes stagiaires qui se pressaient autour de lui de vibrantes allocutions sur les droits et les devoirs de leur état, tantôt, par des lettres flatteuses, il encourageait leurs travaux.
Pour moi, leur disait-il, bientôt vaincu par l'âge, il s'en Va temps que je me retire de ces nobles combats, et que, disant comme Entelle : Artem cesticsque repono, je dépose mon chaperon sur des épaules valides, aptes à soutenir le poids des labeurs et les fatigues de la lutte. Je dirai à mes jeunes confrères : Demeurez fidèles aux grandes traditions et aux prérogatives de notre ordre ; au milieu de la division et du désordi-e des esprits, restez inébranlablement attachés au culte de la vérité, de la justice, de la liberté, de l'honneur; mettez au service de vos clients une volonté ferme et toute la vigueur de votre esprit ; fermez vos généreux cœurs aux suggestions de l'intérêt personnel, le plus décrié, mais le plus inévitable des trompeurs ; luttez vaillamment contre les pouvoirs arbitraires ; déjouez, par la sincérité et les clartés de votre conscience, les artifices de leurs lois ; que vos droites intelligences ne se laissent point abattre ou décourager par les longs succès de l'imposture. Qu'importe que pour ces nobles œuvres la vie se consume en efforts impuissants, si l'on garde jusqu'à la dernière heure le plus précieux de tous les trésors, la juste satisfaction de soi-même s ?
Êais Berryer joignait les actes aux préceptes. La période
1. Lettre-préface du livre de M. H. Moreau : Le ministère public et le barreau. Plaidoyers, IV, p. 446.