Plaidoyers, II, p
dissemeiit une protestation du comte de Chambord. On prétendit qu'il avait violé la loi sur le colportage, et le procureur impérial demanda aux juges une sévère répression. Berryer prouva que jeter dans la boîte de la poste une trentaine de lettres ne portait atteinte à aucune loi connue :
La France, s'écria- t-il, était conviée à disposer de son sort, de son avenir.... Cette nation qui, depuis soixante années, à travers les révolutions, les guerres intestines, les guerres au dehors, les triomphes, les revers de fortune, a fait tant d'efforts, tant de sacrifices, a souffert tant de maux pour constituer ses droits, pour se donner ;"i elle-même des libertés, des institutions...., cette nation était appeléo à abdiquer, à se démettre de son intelligence et de sa volonté, pour livrer à un seul homme, à un nom d'homme, sa fortune, ses destinées, son présent, son avenir !.... Dans un tel jour, n'était-ce pas un droit, que dis-je ? n'était-ce pas pour tout homme do bien le plu> sacré des devoirs, d'avertir, d'éclairer ses concitoyens?.... Où en sommes-nous. Messieurs, si de tels avertissements peuvent être qualifiés d'actes séditieux?.... Sédition contre qui? Contre un pouvoir qui n'est pas encore! Sédition contre un vote qui n'est pas émis !.... Mais les circulaires administratives, les démarches, les injonctions, les menaces, les promesses des journaux officiels, les écrits distribués ou affichés avec profusion et répétant de toutes parts : Votons pour l'Empire! étaient donc autant d'actes criminels, autant de violations de la liberté des suffrages? L'avouez-vous aujourd'hui? L'aveu est boa à retenir pour l'histoire et pour l'enseignement du pays >.
Le tribunal renvoya le marquis de Vogué des faits de la plainte, sans dépens.
Quelques mois plus tard, le 27 mai, Berryer plaidait pour M. Flandin dans VAjfaire des correspondances étrangères. Des lettres injurieuses pour l'Empereur avaient été ouvertes par la police, et leurs auteurs furent condamnés en police correctionnelle, pour publication de fausses nouvelles de nature à troubler la paix publique, offense à la personne du souverain, etc. MM. Odilon Barrot et Dufaure défendirent