‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 201 sur 230 · Plaidoyers, II, p · texte numérisé non relu

Plaidoyers, II, p

aussi les accusés, mais Berryer flétrit la violaliou du tîecret des lettres avec une vigueur incomparable :

On lit dans la sentence qui vous est déférée qu'au surplus les tribunaux n'ont pas à s'enquérir de l'origine des documents qui leur sont présentés ! C'est-à-dire que la justice peut aller puiser l'élément de ses arrêts à des sources impures ! et que la violation des lois pourrait servir d'expédient pour parvenir à faire appliquer les peines de la loi !!! La justice, qui ne veut pas coimaître la vérité par la bouche de ceux à qui les liens de la nature ou des devoirs sacrés imposent le silence; la justice, qui repousse le témoignage des infùmes, la justice n'aurait pas à s'enquérir de l'origine des documents qui lui sont . présentés !!! Ah ! pour l'honneur de la magistrature, Messieurs, vous effacerez ces tristes paroles que les juges de première instance ont laissées tomber de leur plume. {Profonde se^isation.)

.... Ne cédezr point, s'écria-t-il en terminant, aux vaines considérations que l'on fait retentir et dont on s'efforce de troubler vos esprits. Que parle-t-on des nécessités d'un pouvoir nouveau, de la patrie sauvée, de reconnaissance pour des services rendus à la chose publique ?

Nous avons trop vécu au bruit des changements politiques pour que nos oreilles soient émues à ces chants de victoire. Trop de fois et depuis trop longtemps nous avons entendu ces cris : Montons au Capitole, la pairie est sauvée! Ce que nous avons appris dans les épreuves de toute notre vie, c'est qu'on ne raffermit pas une société ébranlée, c'est qu'on ne sauve pas l'avenir d'un pays par les abus de la force, par la violation des lois ou par de complaisantes faiblesses de la justice.

Je vous en conjure encore, ne levez pas la barrière des lois à l'eTitrée de cette voie préparée pour les violences de l'arbitraire. Dans cette arène judiciaire, la vérité a plein droit de se faire entendre et de repousser les injustes glorifications du passé faites au péril du présent et de l'avenir. Il nous appartient d'opposer à des émotions d'un jour les profondes impressions de notre vie entière. Nous avons connu le premier Empire, il nous a laissé d'autres souvenirs que ceux de la gloire des comljats et des miracles de tant de héros des champs de bataille; nous avons senti peser sur nous la tyrannie, et nous avons appris H connaître ses prémices.

L'histoire des jours que nous avons traversés ne saurait être perdue pour nous, et nous devons la redire avant que notre voix s'éteigne. Si, dans ces jours nouveaux, nous voyons l'arbitraire apparaître, notre devoir envers tous, envers vous, envers nous-mêmes, est de vous répéter : Magistrats français, soyez dignes des hautes

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