I. Œuvres parle})!., V, p
mais! — Que signifient ces paroles, insista Berryer, que veut dire le mot Rome? » — Et M. Rouher de remonter à la tribune : « Il n'y a pas d'équivoque : il s'agit de tout le territoire actuel que possède le saint-père. C'est là ce que nous garantissons sous le nom de pouvoir temporel de la papauté. » L'assemblée entier?, souligna de ses acclamations les paroles du ministre : « J'ai éprouvé pendant le cours de cette discussion, ajouta Berryer, une impression profonde, une agitation intérieure de tous mes sentiments; et en entendant l'affirmation de tout ce qu'il y a de plus clair, de plus évident, de plus nécessaire, selon mon intelligence, je me suis senti heureux d'être en parfaite conformité et en parfaite commu ■ nauté de convictions et de vœux avec l'immense majorité de cette assemblée. » Ainsi Berryer terminait sa carrière politique par un service rendu à l'Église.
Ce fut au cours de ces débats que M. Thiers prononça ces paroles célèbres : « On ne crée pas soi-même volontairement, et à sa porte, un État de vingt-cinq millions d'hommes.... Nous sommes entre deux unités, l'une que nous avons faite et l'autre que nous avons laissé faire, lesquelles se donnent la main par delà les Alpes.... Au nom de la langue, que n'adviendrait-il pas? Que n'irions-nous pas réclamer et que ne viendrait-on pas nous demander? » Berryer pensait comme M. Thiers ; il voyait avec inquiétude l'ambition toujours croissante de la Prusse. Il avait protesté avec énergie en 1864 contre la confiscation violente des provinces danoises : « Je ne connais pas de guerre plus déplorable, je n'en connais pas qu'on puisse regretter plus amèrement; jamais l'effusion du sang n'a été à la fois plus acharnée et plus inutile. » Deux ans plus tard, au commencement de la guerre d'Autriche, il fallut les cris et les murmures d'une majorité aveugle pour étouffer la voix du noble vieillard, demandant des explica-
lions et réclamant une intervention du gouvernement en faveur de la paix.
La paix! c'était là le vœu de son âme patriotique : il y revenait à chaque instant dans ses derniers discours, comme si quelque sinistre pressentiment eût troublé son esprit, comme s'il eut prévu les malheurs qui devaient bientôt fondre sur la France.
.... Dans tout autre pays que le nôtre, s'écriait-il, il serait dangereux, il serait imprudent, je dirai même qu'il serait peu national de dire : Nous avons besoin de la paix. La France peut le dire tout haut à son gouvernement. (2>ès bioi! très bien!) Nous avons besoin de la paix, votre premier devoir est de maintenir la paix de la France au milieu des États européens.
Sans parler des conséquences qu'une guerre qui viendrait à s'émouvoir pourrait entraîner, conséquences qui sont incalculables au point de vue général des intérêts, des intérêts du moment, au point de ^Tie du développement du crédit privé, du développement de nos établissements industriels, de nos efforts pour soutenir la concurrence contre l'étranger; voyez cette masse énorme d'obligations, d'actions de toute nature qui circulent dans toutes les mains, dans toutes les classes, et jugez quelle catastrophe ce serait, quelle ruine pour toutes les familles en France, si une guerre venait engager notre maliieureux pays avec le continent ! Cela est à faire trembler. Nous irions, Messieurs, à une horrible ruine. [Mouvements divers.) Je parle sans animosité, je parle avec conscience, avec honnêteté. A l'âge où je suis parvenu, l'avenir n'est pas fait pour moi ; je ne suis pas mû par des considérations personnelles, mais je serai toujours fidèle à ma passion pour les belles et heureuses destinées de mon pays 1. (Applaudissements.)
Dieu, en le rappelant à lui, épargna à Berryer la douleur profonde de voir envahie et mutilée cette France qu'il avait tant aimée et si bien servie. Ni la chute du régime impérial ni le triomphe de ses opinions et l'avènement même de son prince, s'il se lût produit, rien n'eût pu le consoler des humiliations de la patrie.