‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 227 sur 230 · p. de Ponllevoy, Éludes religieuses, novembre · texte numérisé non relu

p. de Ponllevoy, Éludes religieuses, novembre

plus penser qu'à l'éternilû et à Dieu qui le rappelait à lui.

Ces choses se passaient le lo novembre, et l'anniversaire de M""" Berryer, nûorte vingt-six ans auparavant, tombait le lendemain : « Ah! disait-il, j'ai été, au jour de cette mort si pleine de résignation, de calme, de foi au milieu des plus vives douleui's, j'ai été frappé d'un grand et imposant spectacle ! » Berryer n'avait jainais manqué à pareille date de faire célébi-er à Augerville un service funèbre pour ses parents défunts. Le P. de Pontlevoy le lui rappela, lui proposant, « au nom de ces chers souvenirs, de recevoir les deux grands sacrements des malailes : l'onction sacrée pour les derniers combats et le viatique divin pour le suprême passage. » Berryer accepta avec la plus vive reconnaissance, demandant seulement que son confesseur l'administrât luimême et que la cérémonie fût remise au lendemain matin afin d'avoir tout le temps de s'y i)réparer. Mais laissons la parole à celui-là même qui dirigea cette scène sublime.

« Le 17 novembre, entre neuf et dix heures, M. Berryer voulut se confesser une dernière fois. Il tenait à le faire en toute conscience, et vraiment à souhait. Sur sa recommandation expresse, toutes les portes de la chambre furent exactement fermées, et alors, dans la plénitude de ses facultés, avec toute la netteté de ses souvenirs et la franchise de sa religion, d'une voix ferme, pleine et sonore, il prononce ces désaveux suprêmes qui replongent dans l'éternel oubli toutes les défaillances temporaires.... »

Puis la cérémonie de l 'extrême-onction commença : « Gomme le prêtre allait tracer l'onction sur la poitrine du malade, celui-ci, faisant lui-même les apprêts, cherche, avec une sorte d'anxiété, une médaille qu'il portait au cou : « Où est donc ma médaille? je veux ma médaille! » La sœur gardemalade cherche et retrouve eniin la médaille égarée. Il la

prend aussitôt, la regarde et la baise sur les deux faces avec une joie et une piété d'enfant. Après l'extrême-onction vint le saint viatique. Le prêtre, tenant entre ses doigts la divine hostie, lui adresse ces quelques paroles :

« Mon bien cher ami, je vous présente et je vous laisse le Dieu de votre première communion. Le reconnaissez -vous? »

A cette question, le malade souriant, sans rien dire, fit un grand signe de tête.

« Oui, c'est bien lui, toujours le même, toujours constant, quand même nous ne sommes pas fidèles. C'est lui qui pardonne et qui bénit; c'est lui qui reste seul quand tout passe, et qui nous prend et nous recueille quand nous nous en allons nous-mêmes.

« Ah ! mon très cher fils, laissez-moi donc aussi vous présenter à lui. — Seigneur Jésus, celui que vous aimez, celui qui a toujours cru en vous, qui souvent a si bien parlé de vous, est malade : Domine, ecce quem amas infirmatur. Rendez-lui donc la joie et la vigueur de la santé ; en attendant, donnez-lui la patience et la douceur dans la maladie; et enfin, au nom de Marie, votre mère et la sienne, réservez-lui un jour le bonheur qui n'est point de ce monde, et cette gloire qui n'est plus du temps. »

La sainte cérémonie venait d'être terminée, quelques témoins choisis étaient encore agenouillés autour de son lit, quand le malade, étendant les bras, comme pour appeler à lui, s'écrie d'une voix forte : « Oh! mes amis, mes amis où êtes-vous? » A ce cri, on se lève, on s'empresse, il saisit les mains qu'on lui présente, les baise avec effusion en disant : « Mes amis, que je vous aime, pardonnez-moi toutes les peines que je vous ai faites ^ »

Page 1