‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 50 sur 230 · De Falloux, Mémoires d'un ro'jalisle, II · texte numérisé non relu

De Falloux, Mémoires d'un ro'jalisle, II

L'entretien se prolongea jusqu'à onze heures. A plusieurs reprises, le prince renouvela ses instances pour faire prendre à Berryer un portefeuille. Celui-ci n'avait garde d'accepter. « Eh bien, lui dit enfin M. de Polignac, vous vous expliquerez avec le roi. Vous recevrez demain une lettre d'audience du premier gentilhomme de la Chambre. Sa Majesté vous persuadera, »

Berryer se retira profondément troublé. « Je vis tout d'un coup devant moi la ruine de la monarchie et l'ère des révolutions indéfiniment rouverte. » Puis il réfléchit qu'il n'avait aucune chance d'éclairer le roi et de changer la direction de la politique. <f Le roi, se dit-il à lui-même, est un vieillard, il est la grâce en personne, il est le roi, c'est-à-dire ce qu'il y a pour moi de plus imposant au monde. Cette vieille race, ces grands souvenirs, cette maison de France, c'est la France elle-même. Mon cher Berryer, me dira le roi, c'est un service que je vous demande. Je m'attendrirai, je pleurerai, je céderai. Pour faire plaisir au roi, j'aurai sacrifié le moyen de le servir, de sauver peut-être la monarchie *. C'est pourquoi, ajoutait-il, j'envoyai dans la nuit chercher des chevaux de poste, et je quittai Paris, l'àme pleine d'angoisses et de pressentiments sinistres. »

Néanmoins, dans son discours aux électeurs, Berr)-er affirma résolument, en même temps que sa fidélité au roi, les inlentions loyales du gouvernement.

Les intentions de notre roi ont été méconnues, les prérogatives de sa couronne ont été attaquées, le concours de volontés qu'il attendait pour opérer le bien que son cœur médite lui a été refusé. Des ennemis de notre repos répandent de toutes parts de fausses craintes et d'indi^uies soupçons ; dans le coupable dessein de rendre l'avenir complice des erreurs et des crimes du passé, ils veulent imposer aux généra-

i. M. de Laconihp, Corrcsp , 25 février ISOO.

tions nouvelles le joug de leurs vieilles haines. Ainsi se propagent ces vagues inquiétudes sur le maintien de nos libertés, sur le retour d'un ordre de choses qui n'est plus et ne saurait revivre ; ainsi retentissent ces menaces de quelque violente atteinte aux lois du royaume, aux institutions fondées par la Charte constitutionnelle.... Électeurs de la Haute-Loire, repoussons ces insinuations perfides.... etc. 1. »

Berryer fut de nouveau élu ; mais le ministère perdit la partie si témérairement engagée, et l'opposition compta 274 députés au lieu de 221. Qu allait-il advenir? Rien n'était désespéré encore. Sur 428 députés on n'en trouvait pas 50 qui désirassent un changement de dynastie, et aucun parmi eux n'admettait le recours aux moyens violents. Tout ce qu'ils prétendaient faire, c'était de refuser l'impôt. Parmi les ministres, plusieurs voulaient se retirer. « Si quelques-uns des membres du ministère Polignac, disait Berryer, avaient été aussi courageux qu'ils étaient sensés, s'ils n'avaient point obéi à la désastreuse doctrine de la fidélité passive et muette, s'ils avaient offert leur démission au roi au lieu de lui offrir tacitement leur tête, la monarchie pouvait encore être sauvée 2, » Mais Charles X se crut menacé par la Révolution. 4 Si je cédais cette fois à leurs exigences, dit-il, ils finiraient par me traiter CQjume ils ont traité mon frère. » R résolut de lutter et signa les Ordonnances.

« M. Berryer était loin de Paris, raconte M. de Ghampagny, lorsque furent publiées les Ordonnances de juillet 1830. R ne les connut qu'à Augerville en tombant dans les bras de son frère. Lui, qui avait les enthousiasmes, non les illusions des amis exagérés de la royauté, pâlit en lisant le Moniteur. a 0 mon Dieu, quelle faute! » s'écria-t-il. Et peu après, seul avec son frère, épanchant les inquiétudes et les agitations do

i. Berryer, Œuvres parlementaires, I, p. 14.

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