LA FORÊT DU MANS
Son clair regard qui met en fuite les péchés Se pose doucement sur ces hommes de crimes, Et tous trois, au moment de frapper leur victime. Par un trouble inconnu se sentent empêchés.
« A quoi bon nous charger d'un meurtre ? Pourquoi faire Dit l'un d'eux. Reprenons, frères, notre chemin. Nous soutiendrons qu'elle a péri de notre main, Et les bêtes du bois en feront leur affaire. »
Sitôt dit, sitôt fait. Ils s'éloignent. Lèurs pas Traînent sinistrement sur les feuilles durcies; Et bientôt la nuit tombe aux branches obscurcies. Berthe est seule, et voudrait crier, et n'ose pas.
travers Bois
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Elle a marché toute la nuit dans les ténèbres
Que les loups emplissaient de hurlements funèbres,
Et la ronce méchante a déchiré ses mains,
Et seule, à travers bois, sans lune et sans chemins.
Elle va gémissante, et meurtrie, et brisée.
Dans sa robe fragile et blanche d'épousée.
Son corps fiévreux grelotte, elle a peur, elle a froid,
Et s'arrête, et gémit. Pauvre fille de roi!
Jusqu'à ce jour, hélas! depuis qu'elle était née,
De parfums, de tiédeurs toujours environnée.
Elle ignorait l'horreur des nuits sous le ciel noir
Et l'angoisse d'errer sans gîte et sans espoir,
A l'heure où, remuant les branches endormies.
Rôdent confusément des bêtes ennemies.
Elle n'a même plus la force de s'enfuir.
Et son corps sans courage est près de la trahir.
Épuisée et dolente, au bord d'une fontaine.
Elle pleure, elle songe à sa mère lointaine,
La reine Blanchefleur qui venait doucement.
Penchée à son chevet, baiser son front dormant.
Elle songe à Margiste et tout bas lui pardonne :
Elle a recommandé son âme à la Madone
Et fait de longs adieux à tout ce qu'elle aimait.
Maintenant, elle attend la mort et se soumet,
— Quand voici tout à coup, dans l'ombre toute proc'
Tinter pieusement l'appel clair d'une cloche.
Le Bon Ermite
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La cloche a guidé Berthe à travers la forêt, Puis s'est tue; elle arrive auprès d'une clairière. Au seuil de sa cabane un ermite en prière. Des deux mains se frappant la poitrine, adorait.
— Il voit Berthe, et d'abord, craignant un de ces pièges Que les démons subtils tendent à la vertu. Redoutable, il s'écrie : « Arrière, que veux-tu? Je veille, et c'est en vain, Satan, que tu m'assièges. »
Mais Berthe se rapproche et lui parle humblement : « Ne me repoussez pas. Je suis lasse et perdue; J'ai froid, j'ai faim, j'ai soif; votre pitié m'est c^ue, Mon père, et je l'implore au nom de saint Clément. »
L'ermite se rassure, et, songeant que le diable Ne se présente pas au nom d'un saint, voici, D'un visage plus calme et d'un ton radouci, Qu'il ose sans remords se montrer pitoyable.
Il interroge Berthe, et Berthe sans détour Lui dit son nom royal, son cœur, son espérance, Son départ de Hongrie et son entrée en France, L'amour du roi Pépin promis à son amour.
Elle dit le filet de maligne imposture Dont la serve Margiste a su l'envelopper, Le remords des sergents au moment de frapper^ Et sa nuit dans les bois, fuyante à l'aventure*