‹ Berthe aux grands pieds, imagériesChapitre 9 sur 17 · LES CONSEILS DE MARGISTE · texte numérisé non relu

LES CONSEILS DE MARGISTE

Berthe s'écrie en pleurs : « Retournons chez ma mère !

— A quoi bon? dit Margiste, hé! vous n'y pensez pas. On saurait nous rejoindre au bout de quatre pas. Croyez-moi, chère enfant, toute fuite est chimère; Mais, dût ma pauvre Alix y trouver le trépas! J'entends que cette nuit ne vous soit point amère.

c< Le ciel même a voulu, de la tête aux talons. Qu'elle vous ressemblât de visage et d'allure,

— Hormis les pieds qu'elle a peut-être un peu moins longs Elle a mêmes yeux bleus et mêmes cheveux blonds. Moi-même, je m'y trompe, et, si j'osais conclure. Vous êtes le manteau dont elle est la doublure.

« S'il vous plaisait, madame, elle pourrait, ce soir. D'un cœur triste et soumis tenter pour vous l'épreuve. C'est elle qu'en son lit Pépin ferait asseoir. Aux choses de l'amour, comme vous, elle est neuve. Et, quand elle devrait, sans anneau, rester veuve. En tel péril, c'est tout gagner qu'un peu surseoir. »

Elle dit, et déjà Berthe la suit, navrée.

Même aux soupçons du mal son cœur naïf est clos,

Car toujours l'innocence ignore les complots...

Mais Alix et Pépin vont faire leur entrée,

Et, comme la pudeur nous fut toujours sacrée,

Nous allons supprimer trois ou quatre tableaux.

Le Réveil de Pépin

LE T^ÉVEIL -DE TÉTIDHi

Brisé d'amour, près d'Alix un peu lasse, Le roi Pépin rêve et dort lourdement.

Déjà le ciel pâlit; c'est le moment :

Berthe aux grands pieds va réclamer sa place.

Trop tard, hélas! Le destin s'accomplit. Alix dira : « Que veut cette importune? » Et Berthe enfin n'aura d'autre fortune Que d'insister, pleurante, au pied du lit.

La pauvre enfant n'y sera point admise. Même Pépin, s'il s'éveille en sursaut, Pour n'avoir pas tout à fait l'air d'un sot, Doit croire Alix, puisqu'elle est en chemise.

Et cependant que la serve au cœur vil Songe aux détails que sa fraude comporte, La douce Berthe ouvre déjà la porte.

Sans se douter qu'elle court grand péril...

La Forêt du Mans

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U N coin de bois perdu dans la forêt du Mans. Des arbustes épars alentour d'un vieux chêne, Si touffu que la nuit semble toujours prochaine : La chouette l'emplit de ses hululements.

C'est là que, sans scrupule, ayant juré sa perte, Les poches tintant clair de l'or qu'ils ont reçu, Valets du noir complot que Margiste a conçu. Trois sergents — rengagés — traînent la pauvre Berthe.

Dieu même en sa faveur ne s'est point déclaré, Pour d'autres criminels réservant son tonnerre, Et voici qu'à présent Berthe la débonnaire Va périr sans absoute et sans miséréré.

Déjà les trois sergents ont tiré leur épée :

Berthe attend d'un cœur ferme et d'un corps anxieux,

Et, pour ne pas se voir mourir, ferme les yeux...

— Mourir, oh! n'être plus qu'une tête coupée!

S'en aller d'ici-bas, sans avoir eu sa part!... Faudrait-il croire, enfin, ce qu'ont dit les sceptiques, Que le vrai Dieu n'est pas le bon Dieu des cantiques. Et qu'il est trop partout pour être quelque part!

Mais, dans l'instant précis que Berthe désespère. Sur un nuage d'or au céleste reflet,

— Et ce nuage, c'est sa barbe s'il vous plaît! — Vint à passer par là, brave homme. Dieu le père.

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