‹ Berthe aux grands pieds, imagériesChapitre 12 sur 17 · CHEZ LES HUMBLES · texte numérisé non relu

CHEZ LES HUMBLES

Telle au hasard des mots, sur des airs d'autrefois,

Berthe égrène en brodant ses rêves et sa voix.

Le silence du soir tendrement l'environne.

Et son front qui devait porter une couronne

S'incline un peu, pour suivre aux plis des linges blancs

L'aiguille jamais lasse en ses doigts vigilants.

Elle n'espère plus que Pépin lui sourie.

Mais elle pense à lui, de loin comme en Hongrie,

Sur la tour de Strigon, les soirs qu'elle rêvait

D'un prince en manteau d'or assis à son chevet.

Dix ans n'ont point flétri sa grâce d'exilée,

— Se résigner tout bas, c'est être consolée, —

Et Berthe se résigne, et toute sa douleur,

C'est d'évoquer parfois la reine Blanchefleur,

Sans enfants, et bien seule, et bien lasse, et bien triste,

Et le roi Flores, vieux à douter qu'il existe.

Tous deux ont pu mourir. Au fond de sa forêt.

Si loin d'eux et de tout, Berthe ne le saurait.

Mais elle a cet espoir en son âme ingénue

Que Dieu veille sur elle, et l'aurait prévenue.

Le Ménage royal

LE éMÊC^cAGE \OY(AL

Pans, même jour, même heure. Un boudoir tendre. Miroirs et bibelots de toilette. Un divan. Enfin, tout ce qu'il faut pour s'aimer ou s'attendre. Un nid d'amant coupable ou de mari fervent.

C'est là que chaque soir, aux genoux de la reine,

Dolent et résigné.

Depuis dix ans. Pépin servilement se traîne.

Et se sent dédaigné.

Car la reine est méchante et sa beauté funeste A ce charme obsesseur dont nul ne peut guérir. Pépin tout à la fois l'adore et la déteste D'un amour douloureux qui s'obstine à souffrir.

Lui qui l'espérait douce, et bonne, et maternelle,

Elle l'a tant déçu Que parfois, comme en rêve, il songe : « Est-ce bien elle

Et doute à son insu.

Est-ce triste ? être un roi puissant que l'on ménage. Dont le fils portera la couronne de fer! Être maître en Europe et serf en son ménage. Et cuire en son amour comme dans un enfer!

Triste, oh! triste! — Et malgré le désir qui l'aff'ame.

Un autre ennui le poinctj C'est que les deux enfants qu'il a de cette femme

Ne lui ressemblent point*

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