BLANCHEFLEUR EN FRANCE
La reine Blanchefleur les appelle, et demande : (( Où vous en allez-vous si tard, mes pauvres gens? » Et l'homme a répondu : « Madame, les sergents Ont saisi ma maison pour acquitter Tamende.
c< Nous allons devant nous sans travail et sans pain. Comme nous, la moitié de la France mendie. Avarice de reine est dure maladie :
Cette Berthe a changé notre bon roi Pépin.
c< Autrefois, cette plaine était fertile et riche.
Aux étables, le soir, rentraient de longs troupeaux.
Mais on a tant sué d'argent pour les impôts
Qu'on se croise les bras au bord des champs en friche.
c( Puis, à la porte, un jour, l'huissier heurte du poing : — Paie ou pars ! — On s'en va, la tête et les mains vides. Tandis que les petits enfants, bouches avides. Pleurent de faim dans l'ombre et ne comprennent point.
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Et Blanchefleur songeait: « Seigneur, est-il possible! Non, non, ce n'est pas vrai. Cet homme souffre et ment. Ma fille était trop pure et trop tendre. Comment Serait-elle à ce point devenue insensible? »
Elle tire sa bourse où de l'or tinte et luit. Elle arrache à ses doigts ses bagues, et s'écrie : c( Tenez, prenez, je suis Blanchefleur de Hongrie; Si ma fille vous a fait tort, pardonnez-lui! 3)
Le Châtiment
LE CHcATIéMEC^T
O R Blanchefleur est au palais depuis hier. Alix est très émue, et Tybert n'est pas fier, Et d'un pli soucieux leur front pâle se creuse, Songeant qu'il va falloir payer la douloureuse. N'importe. Ils lutteront jusqu'au bout. Pour l'instant, Gagner du temps le plus possible est l'important. Pépin seul tient en bas compagnie à la reine. Alix a déclaré qu'elle avait la migraine.
Elle garde la chambre, et ceinte de bandeaux Salutaires, dans la pénombre des rideaux Qui tamisent le jour trop cru de la fenêtre, Elle pense : ce Après tout, que peut-elle y connaître? Je ressemblais à Berthe, on n'y voit pas très clair Dans cette chambre; et puis, il faudrait bien du flair Pour se douter après dix ans de réussite Qu'au lit du roi Pépin ma place est illicite. » Mais voici qu'on entend venir un bruit de pas. La reine Blanchefleur paraît : « N'approchez pas, O ma mère, soupire Alix d'une voix fausse. Car je me sens déjà comme un mort dans sa fosse. Mère, n'approchez pas! Le médecin défend Qu'on m'embrasse. » Et Blanchefleur dit : « Ma pauvre e N'ai-je fait un si long voyage, ma chérie, Par tous les longs chemins qui viennent de Hongrie Que pour te voir mourir? — Mère, n'approchez pas, Dit la serve. Parlez de loin, et parlez bas. Votre présence me fait mal et me torture. » Mais Blanchefleur déjà devine l'imposture. Sa fille, en la voyant, n'aurait pas tel dédain. Tout son cœur maternel s'illumine soudain.