‹ Bertrade; comédie en quatre actesChapitre 101 sur 125 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

LE MARQUIS

Vous avez des plaisanteries...

LA BARONNE

Oui, il y a des choses qui paraissent énormes la première fois qu'on les entend... Après, on s'y habitue... Et puis, quoi, après tout? Est-ce que vous ne connaissez pas des maris qui vivent carrément de la fortune de leur femme?... Ce n'est pas la même chose?... Ah! mon ami, qu'il s'en faut peu!... Vous avez peur des potins d'un Ligny, mari indifférent... d'une perruche hystérique... Mais, même socialement, je vaux bien ces gens-là. J'ai été la compagne légitime de feu le baron d'Elven... j'ai mes papiers... je suis une honorable veuve.

LE MARQUIS

Ma bonne Fabienne, je t'aime bien... mais ne me force pas à te dire...

LA BARONNE

Tu m'appelles Fabienne et tu te remets à me tutoyer pour me rappeler... Oh! cane me gêne

pas... Parlons à cœur ouvert... Tu penses à l'origine de mon argent? Irréprochable pour les neuf dixièmes, comme je te l'ai expliqué l'autre jour... Eh bien, et celui de Chaillard, que tu acceptais pourtant?... Je n'ai jamais volé, moi. Je n'ai jamais fait tuer personne. Ma conscience... elle est dans le genre de la tienne, ma conscience... Est-ce que tu te figures que nous sommes si différents, toi et moi? Nous avons été des créatures de luxe... Nous avons profité des autres parce qu'on nous aimait et qu'on nous admirait... Mais toi, tu n'étais pas intéressé... tu n'as rien su garder pour toi... Eh bien, ce que tu as jeté aux quatre vents, pour rien, pour le plaisir, surtout jx)ur faire plaisir aux autres, notamment à de pauvres petites femmes... je te le rapporte aujourd'hui... Qu'y a-t-il de si extraordinaire?

Li: MARQUIS.

Et là!... et là!...

LA BARONNK.

Tu te fais des montagnes de tout. Tu avais plus d'estomac, il y a trente ans... Tu ne croyais à rien... Ou plutôt tu ne croyais qu'à toi-inème... Vraiment, tu aurais bien tort de te gêner. Mais regarde

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