ACTE TROISIEME
Autrement dit, je dois devenir madame Chaillard pour sauver l'honneur des Mauferrand. Avouez, mon père, que cela est singulier... Vous semblez ne pas concevoir la noblesse sans argent. Est-ce que cela, mon père, n'est pas une idée de bourgeois? Je pensais être plus respectueuse de votre nom, plus soucieuse de ce qu'il représente, en choisissant un homme de chez nous, de vieux sang comme nous, de vie modeste, mais vraiment noble, qui a la même éducation que moi, les mêmes croyances, et que je sais attaché aux mêmes traditions et aux mêmes devoirs... Est-ce que je me trompe?
LE MARQUIS
Hé! mon enfant, tu penses bien que ce n*est pas de gaieté de cœur que je te conseille un mariage avec un homme... qui n'est pas précisément de notre monde. . . Si l'on m'avait dit autrefois que j'en serais réduit là!... Mais il le faut. « Mauferrand », d'ailleurs, aura bientôt mangé « Chaillard ». Sois tranquille, Chaillard lui-même s'y emploiera... Ce qu'on te propose, après tout, n'est pas si exorbitant... Maître Aubert me rappelait
l'autre jour qu'une de tes aïeules avait épousé un fermier général...
Elle a eu raison, si elle l'aimait et s'il était honnête homme... Elle a fait ce qu'elle a voulu, je fais ce que je dois...
LE MARQUIS
Ma parole, tu n'as aucune sensibihté... Ça ne te fait donc rien de voir aller à des étrangers les murs et les champs où nos aïeux ont vécu, cetta maison de VDleronce où tu es née...
Il fallait savoir les garder, mon père.