ACTE TROISIÈME
LE MARQUIS
Mais, malheureuse ! . . . (D'une voix basse et altérée.) Tu
ne vois donc pas que c'est pour moi une question de vie ou de mort?... Je suis ruiné, entends-tu bien ? ruiné à fond. Mon hôtel, mes terres, mes meubles, tout va être vendu. Si tu ne fais pas ce mariage, c'est pour moi la misère... la misère... et la honte... Chaillard n'est pas méchant. Visiblement, il t'aime... Il fera tout ce que tu voudras... Il t'assurera une vie magnifique... Il veut me sauver, lui... Et c'est toi, toi, ma fille, qui ne veux pas qu'il me sauve 1
Je ne veux pas de l'argent de monsieur Chaillard.
LE MARQUIS
Mais Chaillard n'est pas ce que tu crois. Pensestu que, si sa fortune était d'origine seulement douteuse, je viendrais, moi, ton père, avec mes
vieilles idées sur l'honneur... (eertrade le regarde d'un air qui le déconcerte. D'une voix de plus en plus étranglée.) Et
puis... c'est nécessaire, l'argent, vois-tu... (Madame
de Laurière entre à ce moment et s'arrête près du seuil.) Tu ne
sais rien des réalités... Ma petite fille, je t'ai peutêtre négligée un peu... Ce n'était pas ma faute... Je t'aimais bien tout de même... Tu vois où j'en suis... Laisse-moi seulement donner un peu d'espérance à Ghaillard... Je t'en conjure, mon petit enfant, fais cela pour moi.
Je ne peux pas, je ne dois pas.
LE MARQUIS
Ah! tu es bien comme ta mère... Tu as bien sa douceur cruelle... Oh ! va ! je lis dans ta pensée. (D'une voix qui râle.) Parcc quc je n'ai pas eu de chance... parce que j'ai eu peut-être envers toi quelques petits torts... tu te venges, à présent, tu jouis de me voir torturé et suppliant, moi, ton père !... Et tu ne sens pas que ce que tu fais là est abominable!... Encore une fois, tu ne veux pas ? Tu ne veux pas ?... Ah 1 tiens !
Il lève les poings sur Berlrade. Madame de Launni- >c jlU' • Bcrlrade et le marquis.
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Ma tante