SCÈNE VIII
LE SOLITAIRE , ITULBO , Pirates , Paysans et Pécheurs.
iti;lbo.
Ne songez point à moi , ma vie n'est rien , et je braverais de nouveau les fureurs de la tempête , si vous ne m'assuriez que je reverrai mon capitaine.
LE SOLITAIRE, Im' moiilraiit l'étranger.
Le voici !. .
ITUr.BO.
Juste ciel !.. c'est lui !.. ali ! je vous remercie de ne m'avoir point abuse par une fausse espérance! ( s' agenouillant yrès du banc sur lequel on a place l' Étranger ). Mou brave capitaine , mon noble ami !.. je te retrouve , et je puis renouvelé». le serment que je tai fait tant de fois de vivre et de mourir à Ion service.
LE SOLITAIRE
Il ne vous entend pas.
riur.EO.
Il existe!., c'est tout ce qu'il me faut. Ne le troublez point; affaibli par les évènemens de cette journée, il est tondre dans un de ces sombres accès auxquels il n'est que trop souvent eu proie. Dans ces inomens là , personne ne peut l'approcher , pas même le plus cher, le plus dévoué de ses amis, et Itulbo se flatte d'avoir mérité ce titre. Voyez comme ses yeux hasards se promènent sur les objets qui l'environnent! êloignez-vouS; la plus légère contrariété sutliraii pour le rendre redoutable.
LE SOLIlAIllE.
Je ne puis abandonner un homme dans cet état affreux.
ITULBO.
C'est à moi de veiller près de lui,
LE SOLITAIRE
La fatigne vous accable , laissez-moi me charger de ce soin et acceptez les secours qu'il est en notre pouvoir de vous offrir.
ITUf-BO.
Vous le voulez? point de questions indiscrètes surtout! nous sommes en Sicile , et ce pays lui rappelle de si terribles souvenirs!..
LE SOLITAIRE
Je veux le soulager ^ et non connaître la cause de ses malheurs.
ITULBO.
Je revieudriii bientôt. O mon capitaine! Itulbone se félicite
d'avoir conservé sa vie que pour te l'abandonner toute entière.
( H rentre j suivi des Pirates et guidés par les paysans ).
SCÈINE IX.
LE SOLITAIRE , L'ÉTRANGER , quelques Pécheurs.
LE PASTEUR , à l'un des pécheurs.
Vous , mes eufans , courez au cliàieau 3 saluez de ma part notre .loble dame , peignez-lui la situation de ces infortunés , implorez ses secours et priez-ia de leur accorder nn asile à Caldera.
l'Étranger , se rêvant avec fureur.
Caldoi'a !.. qui a prononcé ce nom .' qui ose se jouer ainsi des tourraens que j'endure?.- malheur à ce nom iuiame !.. LE SOLITAIRE, aux pecheurs , 7"'» alarmés par la fureur subite de l'Etranger ^ semblent hésiter à s'éloigner. Ne ciaignez rien pour moi , le ciel ne permettra pas que je succouibe, quand je remplis le plus saint des devoirs !.. ( Ils se retirent en tremblant, tandis (juc l' Etranger j, plongé dans le délire le plus ajj r eux , prononce les paroles suivantes j qu accompagne une musique sourde et sinistre ). l'etraNGEk.
Caldora!. .Aldiui! .. noms odivUix! noms abhorrés, retentirezvous donc sans cesse à mon oreille? viendrez-vous à chaque instant de ma vie ranimer ma fureur impuissante et renouveler des regrets éternels ? Suis-je encore au pouvoir de cet homuie implacable , et n'ai-je échappé à lu mort , que pour tomber sous les coups de ce lâche!
LE SOLITAIRE
Calme-toi !
l'étrakger , avec un accent terrible.
Un homme !.. et je suis seul !.. sans armes , que veux-lu ? ma vie est eu ton pouvo'r , es-tu iun de ses satellites? LE SOL i taire.
Homme malheureux , dont les seules craintes trahissent l'affreuse position, calme-toi. Je n'ai ni le pouvoir, ni la volonté de te faire aucun mal.
l'Étranger.
Tu dis que je suis malheureux, et tu dis la vérité; ces vétemens ea lambeaux , ces membres meurtris le témoignent
assez, Oui . jo suis misérable, et fier de mo misère; c'est la seule chose qui irie resie de l'existence de l'homme.