VIII. — Premières relations avec Danton
Sa réputation de jurisconsulte expérimenté l'exposa quelque temps après à une autre sollicitation. Danton, nommé ministre de la Justice, lui demanda de faire partie du conseil judiciaire de son ministère. « Vos talents et surtout votre patriotisme, lui écrivait le ministre, vous imposent la loi d'ajouter cette tâche à celles que vous remplissez si bien. La liberté et les
(1) Mémoires^ t. II, p. 9.
malheureux me sauront gré de mon choix et à vous de votre acceptation (1) ».
Barère estimait peu Danton. Cette offre le surprit ; il la repoussa tout d'abord, jugeant le poste proposé incompatible avec celui de membre du Tribunal de Cassation. Cependant, sur de nouvelles instances de Danton, il accepta. Peut-être espérait-il ainsi étudier de plus près le grand agitateur et revenir sur une impression défavorable. Cet espoir, s'il l'avait eu, ne tarda pas à être déçu. Le lendemain même du jour où il avait siégé pour la première fois au Conseil du Ministère, Barère voulut intercéder auprès de Danton en faveur d'un très brave homme, son ami et son compatriote, l'abbé Bousquet, qui venait d'être emprisonné aux Carmes. C'était dans la nuit du 1*^ au 2 septembre ; il y avait urgence. Barère attendit Danton dans son cabinet au ministère jusqu'à deux heures du matin. Il obtint enfin de lui la promesse formelle que Tabbé Bousquet serait mis immédiatement en liberté. Quelques heures après commencèrent les massacres dans les prisons.
Barère n'a plus revu l'abbé Bousquet (2).