X. — La Convention
Tandis que Barère attendait l'expiration de son congé en mettant ordre à ses affaires de famille, la loi du 8 juillet 1792 déclarait la patrie en danger et défendait
(1) Moniteur, réimp. , t. XII, p. 168.
(2) Ibid., p. 263.
{d) Il s'agit d'un décret de rAssemblée voté sur la proposition de Regnault de Saint-Jean-d'Angély, portant que la publication solennelle de la Constitution sera faite et accompagnée de réjouissances publiques dans tous les chefs-lieux de département le dimanche qui suivra le jour où la Constitution sera parvenue officiellement aux administrateurs du département. La municipalité de Tarbes avait déclaré à Barère que le département ne lui avait fait aucune communication à ce sujet.
à tout fonctionnaire de rester éloigné de son poste. En vertu de cette loi, une proclamation du roi invita tous les magistrats à rejoindre immédiatement leur siège, sous peine de destitution. Les événements se précipitaient : le divorce de la royauté et du peuple s'accentuait chaque jour davantage. On était à la veille du 10 août. Barère rentra à Paris deux jours avant cette terrible journée.
" Il ne pouvait donc pas présenter et soutenir personnellement sa candidature à la Convention nationale, dont les membres allaient être élus par les départements ; mais cette absence ne lui nuisit en rien, puisqu'il fut désigné au premier tour de scrutin par 274 suffrages sur 278 votants.
L'assemblée électorale fut tenue le 2 septembre et jours suivants en l'église paroissiale Saint-Martin, à Vie, chef-lieu du district de Rivière-Basse.
Le procès-verbal des séances de cette assemblée, que nous avons consulté aux Archives nationales, est un cahier de grand format, attaché en haut et en bas par trois rubans (bleu, blanc, rouge). Le président du bureau était Molinier, évêque constitutionnel des Hautes- Pyrénées ; le secrétaire Jean Féraud, le même qui devait périr atrocement assassiné dans la funeste journée du l'"" prairial an III (1).
Les élections des membres de la Convention se faisaient par scrutins uninominaux successifs.
En voici les résultats pour le département des Hautes- Pyrénées :
(1) Archives nationales, C. 180, dossier 63.
1°' scrutin. — Votants : 278. Bertrand Barère. 274 voix. 2« — — 274. Dupont de Luz... 245 —
3' — — 270. Gertoux 246 —
4« — — 261. Picqué 259 —
5« — — 222. Féraud 145 —
6* — — 251. Lacrampe 155 —
A rheure même où Bertrand Barère était proclamé député des Hautes-Pyrénées, il apprenait que les électeurs du département de Seine-et-Oise l'avaient également élu leur représentant à la Convention, le treizième sur quatorze, par 456 voix sur 673 votants (1). Il dut opter et il opta naturellement pour les Hautes-Pyrénées. 11 fait allusion dans ses Mémoires à cette double élection et il l'explique par Ténergie avec laquelle il avait défendu à la Constituante les droits des propriétaires de Seine-et-Oise et fait rentrer dans de justes limites les chasses royales qui causaient un dommage considérable à leurs héritages et à leurs récoltes.
Mais ses souvenirs le servent mal lorsqu'il dit que son option pour les Hautes-Pyrénées fit entrer à la Convention le poète Marie-Joseph Chénier, qui se rangea plus tard au nombre de ses persécuteurs. Le nombre des députés de Seine-et-Oise était de quatorze et Chénier fut élu le quatorzième, immédiatement après Barère. L'option de celui-ci n'eut pas pour effet de faire entrer Chénier à la Convention, puisqu'il y entrait de droit en vertu de son élection. Le siège de Barère
(1) Archives de Seine-et-Oise. Procès-verbal de l'assemblée électorale de 179Î2. Un double de ce procès-verbal se trouve aux Archives nationales (C. 180), contrairement au renseignement donné par M. Guiffrey {Liste des Conventionnels, p. 56).
fut dévolu au premier des suppléants élus à la suite des députés titulaires. Ce suppléant était Charles-François Dupuis, membre de l'Institut, l'auteur aujourd'hui bien oublié d'un livre sur V Origine de tous les cultes^ qui avait eu un certain succès quelques années auparavant.