XII. — Procès de Louis XVI
Une seconde marque d'estime de ses collègues fut l'élection de Barère à la présidence de la Convention, le 1"' décembre. Cette présidence avait une importance extraordinaire, car elle devait coïncider avec l'ouverture du procès de Louis XVI. Les écrivains qui ont recueilli soigneusement toutes les paroles de Barère en vue de dénigrer ses intentions et sa conduite, ont eu soin d'isoler ces paroles, de les encadrer d'observations malveillantes, en un mot de les dénaturer. C'est ainsi qu'on lui fait un grief de ce que, en sa qualité de président de la Convention, il accueillit parles mots suivants, une délé-
(1) Louis Blanc, liv. VII, chap. V.
gation de la Commune de Paris venant réclamer le prompt jugement de Louis XVI : « La Convention va s'occuper du procès de Louis le traître ». Remarquons d'abord que Tépithète de traître ne pouvait blesser les sentiments de personne dans la Convention, puisque le 15 janvier suivant, à l'unanimité de 693 votants, elle déclara Louis XVI coupable de trahisons contre la nation et d'attentats contre la sûreté de VEtat, Mais il faut lire toute l'allocution dans le Moniteur, Barère a bien soin de faire sentir aux délégués de la Commune combien était déplacée la mise en demeure qu'ils se permettaient d'adresser à la Convention : « La Convention écou- « tera toujours avec intérêt, leur dit-il, les pétitions des « citoyens ; c'est son devoir ; mais elle ne sera jamais « devancée par aucune section du peuple sur les objets « du salut public. Elle n'a ni torpeur, ni pusillani- « mité. Elle aura le courage d'étouffer toutes les fac- « lions qui entourent le berceau de la République, « même de la faction impie des avilisseurs du pouvoir (( national, » (Ceci s'adresse clairement aux délégués du pouvoir communal), Barère termine ainsi : « Le grand tribunal des nations, l'opinion publique a jugé depuis longtemps Louis Capet. Le tribunal du peuple français va bientôt prononcer. La Convention nationale ne doit compte de bes travaux, de ses pensées et du jugement de Louis le traître qu'à la République entière [\), »
(1) Convention, séance du dimanche soir, 2 décembre 1792. Dans ses Mémoires, p. 60 à 67, Barère relate cet incident un peu différemment* Il le place au dimanche soir qui a suivi l'interrogatoire du i, ce qui correspondrait au 16. A cette date, sa présidence avait ssé et il était remplacé par Defermont. Nous avons suivi le Moni-
roi ces leur.
Le mardi 11 décembre, à midi et demi, Louis XVI est amené devant la Convention pour subir son premier inlerrogatoire public. Barère occupe le fauteuil. L'instant est solennel. « Citoyens représentants, dit le pré- « sident, vous allez exercer le droit de justice nationale. « Vous répondez à tous les citoyens de la République « de la conduite ferme et sage que vous allez tenir dans « cette occasion importante. L'Europe vous observe. « L'histoire recueille vos pensées, vos actions. La pos- « térité vous jugera avec une sévérité inflexible. Que « votre attitude soit conforme aux nouvelles fonctions « que vous allez remplir.
« L'impartialité et le silence le plus profond con- « viennent à des juges.
« La dignité de votre séance doit répondre à la ma- « jesté du peuple français ; il va donner par votre organe « une grande leçon aux rois et un exemple utile à Taf- « franchissement des nations.
« Citoyens des tribunes, vous êtes associés à la gloire « et à la dignité de la nation dont vous faites partie. Vous (( savez que la justice ne préside qu'aux délibérations a tranquilles. La Convention nationale se repose sur « votre entier dévouement à la patrie et sur votre res- « pect pour la représentation du peuple. Les citoyens de « Paris ne laisseront pas échapper cette nouvelle occa- (c sion de montrer le patriotisme et Tesprit public dont « ils sont animés. Ils n'ont qu'à se souvenir du silence « terrible qui accompagna Louis ramené de Varennes, « silence précurseur du jugement du roi par la nation. »
Cette allocution pleine de tact dans laquelle le nouveau président avait su concilier, au milieu des pas-
sions les plus violentes, comme il le dit lui-même, la dignité de la nation avec les droits du malheur et de rhumanité (1), fut écoutée par l'assemblée et par les tribunes dans le plus profond silence.
Barère donne ensuite aux huissiers Tordre d'introduire Taccusé. On avait pris l'habitude, depuis le 10 août, de désigner le roi dans les pièces officielles sous le nom de Louis Gapet. Le président ne l'appela que Louis et il s'abstint de le tutoyer, contrairement aux indications que Billaud-Varennes avait proposées à la Convention.
Le journal de Prudhomme fait ici une observation qui prouve combien cette attitude grave et impassible de Barère exerça sur la Convention une influence décisive. Pendant tout l'interrogatoire on n'entendit aucune interruption. La question posée par le président était suivie, au milieu d'un silence absolu, de la réponse du roi (2). Mais aussitôt celui-ci sorti de la salle, l'agitation se donna libre cours et le tumulte devint si violent que Barère dut se couvrir, descendre du fauteuil et lever précipitamment la séance.
Les débuts de la présidence de Barère avaient été signalés par un incident dans lequel un membre de la Gironde, et non des moindres, Guadet, se montra ouvertement hostile à son égard.
L'un des doyens de l'assemblée, Ruhl, lisait à la tri-
(1) Mémoires, II, 59. Barère donne un texte différent et beaucoup plus court que celui du Moniteur, que nous avons suivi.
(2) Les Révolutions de PariSy 12 décembre 1792. Prudhomme, mal renseigné, avait d'abord attribué à Mailhe, qui remplissait ce jour-là les fonctions de secrétaire, une attitude peu convenable à l'égard du roi. Il reconnut son erreur dans le numéro suivant.
bune, d'une voix très faible, un rapport sur les papiers trouvés dans l'armoire de fer. Tout à coup Guadet, qui s'était approché de la tribune pour mieux entendre, s'écrie que le nom de Barère vient d'être prononcé, que Barère s'est compromis avec la Cour ; qu'il doit immédiatement descendre du fauteuil et s'expliquer. Aussitôt Barère cède la présidence au premier viceprésident, qui était justement Guadet lui-même, il réclame le silence pour qu'on puisse connaître les imputations énoncées par Ruhl. La Convention devient attentive. Ruhl reprend sa lecture. Il s'agissait d'un billet adressé en 1789 à Laporte, l'intendant du trésor particulier du roi, par un certain constituant nommé Duquesnoy (1), collègue de Barère au comité des domaines. Duquesnoy annonçait à Laporte que Barère, rapporteur du comité, était « dans de bonnes dispositions » et déposerait prochainement son rapport sur la question des chasses royales. Barère, ainsi mis en cause, produisit aussitôt les pièces de cette affaire où il avait défendu les intérêts des habitants de Seine-et- Oise avec un zèle dont ceux-ci lui montrèrent leur gratitude en l'élisant à la Convention, comme nous l'avons vu tout à l'heure. A la suite des explications de Barère,
(1) Ce Duquesnoy, qu'un biographe a confondu avec celui qui fut impliqué avec Romme, Soubrany et autres, dans l'affaire du 1^ prairial, avait rédigé avant le 10 août le journal royaliste L'Ami des patriotes. Réputé comme l'un des soutiens du parti de la cour, il fut incarcéré quelque temps. Le 9 thermidor le sauva. Sous le Consulat il devint bonapartiste ardent. Etant maire du X* arrondissement de Paris en 1804, il fut appelé à inscrire aux registres d'état civil de cet arrondissement le mariage de Lucien Bonaparte avec M^* Jouberthon. Le premier Consul en manifesta un vif mécontentement. Duquesnoy, désespéré de cette disgrâce, alla se noyer.
la Convention partit d'un grand éclat de rire et le réinstalla d*une seule voix au fauteuil de la présidence, d'où Guadet descendit un peu confus. Le procès-verbal de la séance relate l'incident en ternies qu'il faut citer : « Les explications faites, les pièces en mains et attestées par le souvenir de tous les anciens collègues de Barère lui ont fait recueillir les applaudissements universels et réitérés de la Convention. Elle Ta invité par une délibération unanime à reprendre le fauteuil (1). »
Cette similitude de tempérament et d'éducation que signale Lamartine entre Barère et les hommes de la Gironde avait été remarquée par les contemporains. Ainsi se forma l'opinion que Barère avait été girondin, mais qu'il avait déserté ce parti lorsqu'il le vit le plus faible, pour se ranger du côté du plus fort. Cette opinion ou plutôt cette calomnie, dont les royalistes se sont emparés contre Barère et qui est. encore répandue aujourd'hui, nous la trouvons formulée pour la première fois dans les mémoires de Levasseur, de la Sarthe : « Barère, y est-il dit, fut poussé par la peur au sommet de la Montagne » (2). Une anglaise, miss Williams, qui fréquentait assidûment à cette époque les salons politiques, déclare que c'est là une erreur. « Sans partager les vues ni les projets de la Gironde, M. Barère, qui ne manquait ni de connaissance ni d'esprit, s'élevait souvent, dit-elle, contre les violences démagogiques des
(1) Moniteur. Réimpr. (Décembre 1792, p. 640).
(2) Levasseur de la Sarthe, Mémoires, t. 1*', p. 52. Ces mémoires, dénués d'intérêt, dans lesquels on trouve peu de rensignements précis, mais beaucoup de déclamation, ne sont même pas de Levasseur de la Sarthe. Au cours d'un procès intenté à leur éditeur, en 1829, il fut reconnu que l'auteur était un certain Achille Roche.
Montagnards. On a pensé qu'il devint terroriste par poltronnerie et Ton sait qu'en révolution les plus peureux sont les plus cruels. Je suis cependant bien convaincue que ce ne fut ni la peur, ni la cruauté qui firent un terroriste de M. Barère. Ce fut un autre sentiment non moins fort, la vanité, qui est le penchant le plus profondément égoïste dont nous soyons capables. 11 était jaloux des girondins, il était tourmenté du succès de Vergniaud et, si son génie n'en eût pas été humilié, il est probable qu'il fût resté modéré » (1).
En disant que Barère était jaloux des succès oratoires de Vergniaud, miss Williams fait allusion au fameux discours sur la question de l'appel au peuple, où Barère réfuta, aux applaudissements de la Convention, la thèse soutenue par le grand orateur de la Gironde (2).
Cette idée ridicule, que Barère était jaloux de Vergniaud, nous la retrouvons sous la plume d'un autre libelliste, Bailleul, qui était à cette époque le confident de Vergniaud et de Gensonné et qui fut plus tard un des lieutenants de Fréron, et, comme lui, un des féroces ennemis de Barère. Bailleul doit être classé parmi ces « hommes secondaires de la Plaine, qui se taisaient par prudence ou par médiocrité », ainsi que les a bien définis Lamartine. Il se taisait, mais il écrivait beaucoup, recueillant des historiettes à droite et à gauche, sans s'inquiéter de leur plus ou moins d'authenticité. Il pré-
(1) Miss Williams, Souvenirs, ch. XII.
(2) La thèse de l'appel au peuple, qui a reparu de nos jours sous le Dora de plébiscite ou de référendum^ a toujours été repoussée par les chefs du parti républicain en France. Barère ne faisait que devancer l'opinion publique sur ce point.
tend que « Barëre avait fait un discours en faveur de « l'appel au peuple (1) et qu'après avoir entendu plusieurs « orateurs, notamment Vergniaud, sur cette question, « craignant de ne pas faire sensation après cet homme « célèbre, il avait adopté l'avis opposé afin de se distîn- « guer (2) ».
Comment ne pas écarter une information aussi suspecte ? La question débattue devant la Convention était la plus grave qui pût émouvoir le pays. La discussion, qu'il faut lire dans les comptes rendus de l'assemblée, fut digne de l'importance du sujet. Barère parla pendant trois heures. Par la puissance de son éloquence, par la force de ses arguments, il entraîna la Convention. Croit-on qu'elle se serait laissé émouvoir par un discours improvisé sous la poussée d'une fureur jalouse ou du besoin de se distinguer? Et quelle vraisemblance à ce que le girondin Bailleul, qui vota l'appel au peuple, ail été précisément initié à une pensée que Barère, s'il lavait eue par impossible, se serait surtout abstenu de confier à un ami de Vergniaud ?
Il faut donc repousser cette légende et s'en rapporter de préférence à l'avis d'un témoin autrement respectable que Bailleul. D'après Romme, « la Convention « tenait Barère pour un politique avisé et son avis était « d'un grand poids au moment critique. Il est certain « que s'il n'avait pas parlé contre l'appel au peuple, l'is-
(1) Cette accusation d'avoir préparé deux discours en sens contraire pour le même sujet, est familière aux ennemis \le Barère ; nous la retrouverons au ^ thermidor.
(2) Bailleul, Almanach des Bizarreries humaines^ réédité par M. Aulard. Paris, Jouaust, 1889, p. 39.
a sue du débat étail autre. Mais quand il monta à la tri- « bune toute rassemblée se prépara à Tattention et sa « dialectique serrée tourna contre Louis XVI quan- « tité d'esprits honnêtes et hésitants » (1).
Le soir du 4 janvier, Fabre d'Eglantine parla aux Jacobins du discours de Barère en termes enthousiastes. ' « Barère a démontré, dit-il, que Tappel au peuple est destructif du gouvernement représentatif » (2). Fabre, ami de Danton, appartenait à un clan peu favorable à *' Barère. L'éloge chaleureux qu'il fît de ce discours porte un cachet de sincérité qu'on ne saurait nier. On /<•' peut valablement l'opposer au jugement de Bailleul. ^**, ,,.^*'^l
Le biographe de la Grande Encyclopédie^ qui a re- ^ ,, <*''. ^" cueilli avec ^oin les témoignages de miss Williams et de Bailleul, en a senti le peu de valeur et s'est cru obligé de les étayer de l'explication suivante : En se ralliant à une opinion qui paraissait devoir entraîner la majorité de la Convention, « Barère ne voulait-il pas réparer sa popularité compromise par les papiers de l'armoire de fer? »
Sous cette forme interrogative, l'explication n'explique rien. La popularité de Barère n'était pas compromise et il n'avait aucun besoin de la réparer. Nous l'avons montré ci-dessus en rapportant, d'après les sources officielles, comment Barère avait relevé une accusation ridicule dans cet incident de l'armoire de fer et comment il avait repris le fauteuil de la présidence aux applaudissements de l'assemblée.
(1) Marc de Vissard, Romme le Montagnardy 1883, in-S**, p. 261.
(2) Séance du 4 janvier 1793, présidence de Monestier (Aulard, la Société des Jacobins, t. IV, p. 645.)
Le vote sur la peine à infliger à Louis XVI commença le 16 janvier. La veille, la Convention, se ralliant à Topinion développée par Barère, avait repoussé rappel au peuple par 423 voix sur 714 votants.
On sait que sur la question de la peine chaque membre de la Convention fut appelé à prononcer son vote à haute voix à la tribune. La plupart des votants motivèrent leurs votes par des considérations plus ou moins étendues. Louis Blanc dit que Barère ne prononça qu'une phrase et il ajoute : « La version qu'on donne est généralement arrangée » (1). Je ne sais trop ce que signifie cette assertion de Thistorien de la Révolution. Les motifs donnés par tous les votants se trouvent rapportés textuellement au Moniteur. Il n'y a pas d'autre version que celle du Moniteur^ et c'est elle que reproduit Carnot dans sa Notice historique^ page 67. La voici :
« Si les mœurs des Français étaient douces et l'éducation publique assez perfectionnée pour recevoir de grandes institutions sociales et des lois humaines, je voterais dans cette circonstance unique pour l'abolition de la peine de mort et je porterais ici une opinion moins barbare. Mais nous sommes encore loin de cet état de moralité; je suis obligé d'examiné»* avec une justice sévère la question qui m'est proposée La réclusion jusqu'à la paix ne me présente aucun avantage solide : un roi détrôné par une nation me parait un mauvais moyen diplomatique. Le bannissement me semble un appel aux puissances étrangères et un motif
(1) Livre VIII, chap. X.
d'intérêt de plus en faveur du banni. J'ai vu que la peine de mort était prononcée par toutes les lois et je dois sacrifier ma répugnance naturelle pour leur obéir. Au tribunal du droit naturel, celui qui fait couler injustement le sang humain doit périr; au tribunal de notre droit positif, le code'pénal frappe de mort le conspirateur contre sa patrie et celui qui a attenté à la sûreté intérieure et extérieure de TEtat. Au tribunal de la justice des nations, je trouve la loi suprême du salut public. Cette loi me dit qu'entre les tyrans et les peuples il n'y a que des combats à mort. Elle me dit aussi que la punition de Louis, qui sera la leçon des rois, sera encore la terrible leçon des factieux, des anarchistes, des prétendants à la dictature ou à tout autre pouvoir semblable à la royauté. Il faut que les lois soient sourdes et inexorables pour tous les scélérats et ambitieux modernes. L'arbre de la liberté, a dit un auteur ancien, croit lorsqu^il est arrosé du sang de toute espèce de tyrans.
c( La loi dit la mort, et je ne suis ici que son organe (1). »
Ce langage tragique nous parait excessif aujourd'hui; mais la plupart des votes motivés des conventionnels étaient du même style. Les discours, comme on disait alors, étaient « analogues à la circonstance ».
Louis Blanc nous dit aussi que Barère avait reçu de sa femme et de sa belle -mère « des lettres toutes mouillées de leurs larmes », l'adjurant de ne pas voter
(1) Voici comment votèrent les autres représentants des Hautes- Pyrénées : Féraud et Lacrampe, la mort; Dupont et Piequé, /a mort avec sursis; Gertoux, le bannissement.
la mort du roi. « Mais, ajoute-l-il, Barère était convaincu que Louis était coupable ; il ferma son cœur à la pitié (1) ».
Si Ton en croyait une anecdote qui a eu cours à Tarbes et qui se rattache, bien qu'elle en diffère, à cette version de Louis Blanc, Mme Barère avait écrit à son mari, dès qu'elle eut appris son vote, une lettre pleine de reproches, où elle l'avertissait formellement que s'il revenait jamais à Vie, il trouverait fermés la porte et les volets de sa maison. Les choses ne se sont pas pas* sées ainsi, d'après M. Louis Caddau. Voici la relation qui lui a été faite par une personne appartenant à la famille maternelle de Mlle de Monde, qui a connu très particulièrement la femme du conventionnel :
« Mme de Vieuzac avait conservé ce nom après sa « rupture avec son mari. Elle rompit toute relation « avec lui le jour où elle apprit qu'il avait voté la mon « du roi. Mme de Vieuzac, très attachée à son mari, (c avait toujours espéré qu'il n'en arriverait pas à cette « triste extrémité. « Il est bon, disait-elle, et il me Ta « promis. » Tous les matins elle lisait avec anxiété La « Gazette chez une de ses amies (Mme de Labordènc) « et, le jour où elle vit le nom de Barère parmi les « régicides, elle tomba sans connaissance. En reve- « nant de son long évanouissement, elle ne dit que « ces mots : Qu'on ne me parle plus de lui! En effet, « depuis lors, on a toujours évité de prononcer devant « elle le nom de son mari. Lorsqu'on y était obligé, « pour une raison sérieuse, elle en éprouvait une émo-
(1) Hist. de la Rév, française, livre VII, chap. VIII.
« tion pénible qui durait plusieurs jours. Au retour « de Texil, Barère fit demander à sa femme de le rece- <c voir. Si elle y consentait, la maison devait être oua verte, et il y entrerait au passage; sinon, il continuece rail sa route vers Tarbes. Portes et contrevents fu- « rent immédiatement fermés et on les laissa ainsi pence dant plusieurs années.
a II faut reconnaître que Barère fut très courtois « pour sa femme; après Tavoir protégée elle et sa a famille pendant la Révolution, il ne Ta jamais tour- « mentée depuis. Elle n'avait pas même voulu de sé- « paration de biens pour ne pas entendre parler de « lui ; il fallait donc souvent des autorisations pour « règlements d'affaires. Un des neveux de Mme de <c Vieuzac allait les demander, et Barère a toujours été « on ne peut plus accommodant » (1).