‹ Bertrand Barère, 1755-1841Chapitre 19 sur 30 · XVII. — Barère et l'Angleterre · texte numérisé non relu

XVII. — Barère et l'Angleterre

Les attributions de Barère au Comité de Salut public

(1) Mémoires, t. II, p. 132.

comprenaient, nous Tavons vu, les objets les plus divers.

Au premier rang était la diplomatie, dont Tindolent Hérault de Séchelles lui laissait tout le poids. Ses volumineux rapports proposent, avec une clarté saisissante, les mesures offensives et défensives propres à repousser Tinvasion étrangère. Il s'en dégage un programme très précis que Barère, sous l'inspiration de son collègue Carnot, fit adopter à la Convention et qu'on peut résumer ainsi :

a) Favoriser les intérêts des neutres ;

b) Opposer aux puissances des armées bien exercées et bien conduites ;

c) Menacer TAngleterre par une excellente flotte (1). L'Angleterre, telle est la bête noire du Comité de

Salut public et surtout de Barère. La haine de l'Anglais ne s'est jamais atténuée dans son cœur et les dernières lignes qu'il ait écrites quelques jours avant sa mort étaient dirigées contre la nation britannique (2).

A aucune époque de sa longue carrière Barère n'a laissé échapper l'occasion de rappeler à ses contemporains la formidable coalition conçue et nouée contre nous en 1793 par l'Angleterre ; coalition qui a failli écraser la France et la rayer de la carte de l'Europe, si nous n'avions été sauvés par l'intrépide dévouement du

(1) Gros, op. cit. passi>7i.

(2) Note du 6 janvier 1841 (Il est mort le 13). Dans celte note, Barère montre l'Angleterre devenant maîtresse absolue des destinées de l'Orient par l'isolement de la France, et il termine par cette phrase, que Ton voudrait croire prophétique : c Le continent, trop souvent l'instrument de l'ambition anglaise, sera préservé de ce misérable rôle par les deux puissances continentales, la Russie et la France- i H. Carnot, Notice historique^ p. 195.

Comité de Salut public. Le « faussaire couronné », disait Barère, inonde la République de faux assignats ; son gouvernement néronien jette Tor à Paris pour faire calomnier le Comité de Salut public et pour favoriser les troubles. La main de l'Anglais est à Lyon, à Bordeaux, en Vendée. C'est un ennemi mortel qu'il faut abattre ». Le 7 prairial an II, aux acclamations de la Convention, Barère propose de décider qu'on ne fera plus de prisonniers anglais.

Cette proposition qui, bien qu'adoptée, ne fut jamais mise à exécution, a été un des principaux arguments invoqués par ceux qui ont parlé de la cruauté de Barère. On y ajoute la fameuse phrase : « Il vHy a que les morts qui ne reviennent pas », en y attachant un sens abominable. On prétend que Barère a voulu ainsi justifier toutes les condamnations prononcées par le tribunal révolutionnaire et qu'il s'est fait l'aveugle apologiste de la Terreur.

Voici l'explication que Barère donnait de cette phrase : Le général Houchard, à la bataille d'Hondschoote, avait fait grâce de la vie à des soldats anglais, qu'il pouvait exterminer sur les dunes. Quelque temps après, à la prise de Valenciennes, ces mêmes soldats firent subir aux officiers et aux représentants du peuple les plus brutales injures. Ce fut en rendant compte de ces actes d'ingratitude que l'orateur du Comité de Salut public exprima le regret que l'on n'eût point usé, à l'égard de ces barbares, de toutes les rigueurs des lois de la guerre (1).

(1) H. Carnot, Woticc historique, p. 17.

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