‹ Bertrand Barère, 1755-1841Chapitre 7 sur 30 · V. — Le « Point du Jour · texte numérisé non relu

V. — Le « Point du Jour

La visite que fit Barère à Mirabeau à cette occasion se termina par une offre d'association de la part du célèbre orateur. Nous ne la relaterons ici que pour montrer que Mirabeau, contrairement à l'avis exprimé ci-dessus, ne tenait pas le député du Bigorre comme une personnalité à « négliger ». Mirabeau commençait à s'embourber dans les intrigues royalistes que Ton connaît. Il était fatigué d'avoir à diriger la rédaction du Courrier de Provence qui paraissait trois Ibis par semaine depuis le 24 juillet 1789. Il proposa à Barcrc de fusionner cette feuille avec le Point du Jour, Il faut lire dans les Mémoires de Barère la réponse pleine de tact et de finesse que fit Barère à cette proposition.

Le Point du Jour avait atteint à cette époque (commencement de 1790), Tapogée du succès. Cette gazetle quotidienne, fondée par Barère le lendemain du jour où les Etats-Généraux prirent le beau titre à' Assemblée

(1) Mémoires^ t. I", p. 308. — Barère a fait imprimer en 1789 et réimprimer en 1833 l'ensemble de ses écrits h ce sujet sous le titre de : Observations présentées à l'Assemblée nationale par M. Barère de Vieuzac, député du Bigorre, sur la nécessité de faire de ce pays d'états un département dont la ville de Tarbes soit le chof-UcUy 21 décembre 1789, Paris, imp. Balard.

nationale^ a été jugée dans les termes suivants par le doyen du journalisme parlementaire, Léonard Gallois : (( Le Point du Jour est raccompiissement du pro- « gramme annoncé par son second titre : « Résultat de <( ce qui s'est passé la ceille à V Assemblée nationale y>, « C'est un compte rendu de toutes les séances de TAs* « semblée, depuis celle du 18 juin 1789 jusqu'à celle du (( i^"^ octobre 1791.

<c On reconnaît dans le rédacteur de ces séances un c( écrivain consciencieux qui a su s'attacher plutôt à <c l'esprit qu'à la lettre, sans rien négliger de ce qui « méritait de passer à la postérité. Sa plume habile « nous a transmis les discussions les plus orageuses « avec tout l'intérêt dramatique qu'elles pouvaient « oflfrir. En un mot le Point du Jour nous paraît le « meilleur journal que puissent consulter les histo- « riens (1) ».

De son côté, le savant auteur de la Bibliographie de la presse périodique française déclare que le Point du Jour « est une des feuilles qui méritent le plus d'être « consultées pour l'histoire de noire première Assem- « blée nationale. Elle en reproduit les séances, dit-il, « non seulement avec une remarquable sagacité, mais « encore avec un esprit de suite, une méthode et une (( étendue que Ton ne trouverait dans aucune autre, « pas même dans le Moniteur (2) ».

Ces appréciations favorables, émanant d'hommes du métier, ne paraissent pas avoir été goûtées par le bio-

(1) Léonard Gallois, Ilistoirc des journaux de la Révolution française, t. II, p. 6.

(2) Ualiu, Bibliographie de la presse périodique française, p. 315.

graphe de la « Grande Encyclopédie ». D'après lui, rien de plus sec, rien de plus insuffisant que ces comptes rendus des séances (1) et le Point du Jour ne devrait sa grande réputation qu'à une « flatterie » du peintre David.

Pour comprendre ceci, il faut se rappeler la grande page 011 David a immortalisé le Serment du Jeu de Paume. A gauche du spectateur un homme écrit sur ses genoux. Cet homme est Barère, le rédacteur du Point du Jour,

Voyons maintenant, en rapprochant certaines dates, si David a pu s'inspirer, lorsqu'il a composé cette œuvre magistrale, d'une pensée de flatterie à Tégard d'un journal. Le tableau du Serment du Jeu de Paume^ ou plutôt l'esquisse, car le tableau n'a jamais été exécuté, ne fut commencé que vers la fin de l'été de 1791, deux ans après l'événement qu'il représente. A cette date, le Point du Jour était sur le point de cesser sa publication, qui a pris fin exactement en môme temps que les pouvoirs de la Constituante, le 1" octobre 1791. Trois jours auparavant, le 28 septembre, Barère monta à la tribune de rAssemblée et fit la proposition suivante :

« Un tableau qui doit représenter le Serment du Jeu « de Paume di éié coixiixiencé par M. David. L'esquisse <c de cet ouvrage est déjà connue du public. Une sous- « cription particulière a été ouverte pour ce tableau. « Je demande qu'il soit placé dans la salle du Corps

(1) Ce jugement sévère a été corrigé, dans une certaine mesure, par M. Âulard. dans son dernier cours à la Sorbonne sur les Historiens de la Révolution. 11 reproche très justement à M. Taine de n'avoir pas contrôlé ses renseignements sur 1 Assemblée constituante en consultant le Point du Jour. (La Révolution, 1906, p. 411.)

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« législatif pour rappeler sans cesse aux représentants « de la nation le zèle et Ténergie qu'ils doivent avoir ». [Applaudissements),

La proposition est aussitôt adoptée dans ces termes : « L'Assemblée nationale, considérant que le 20 juin « 1789 est Tépoque qui a assuré à la France une cons- « titution libre,

« Décrète que le tableau représentant le serment « prêté à Versailles le 20 juin 1789 au Jeu de Paume, (c commencé par Jacques-- Louis David^ peintre^ sera « fait aux frais du Trésor public et qu'il sera placé dans « le lieu destiné aux séances de l'Assemblée natio- « nale. »

Un autre document nous apprend que David était en 1791 dans limpossibilité matérielle, faute de ressources, d'exécuter son tableau. C'est le procès-verbal de la séance du 17 juin 1791 au Club des Jacobins. Une souscription avait été ouverte parmi les membres de ce club pour couvrir les frais du tableau, et le procèsverbal mentionne une invitation du trésorier de la Société réclamant le versement des cotisations, qui se faisaient attendre (1).

En résumé si Ton admet que David a voulu faire une réclame — comme on dirait aujourd'hui — au journal de son ami Barère, on conviendra que cette réclame était bien tardive et d'ailleurs bien inutile, puisque, à l'époque où l'œuvre de David commença à être connue du public, le Point du Jour allait cesser sa publication.

Examînerai-je maintenant quel fut le rôle utile de

(1) La Société des Jacobins^ t. II, p. 512.

Barère à la Constituante? Une pareille discussion sortirait de mon programme. Je me bornerai à constater qu'il apporta à tous les grands débats ouverts à la tribune une participation assidue que lui rendaient facile de fortes études juridiques, ses quinze années de pratique du barreau toulousain, une élocution aussi claire qu'abondante, et surtout une aptitude remarquable à traiter les sujets les plus variés. Il suffit de se reporter à la nomenclature de ses discours qui occupe plusieurs pages de la table du Moniteur,

Ce que l'on peut aflirmer aussi, sans crainte d'être démenti, c'est le souci manifesté par Barère en toute circonstance, pendant, la durée de la Constituante, d'introduire dans la machine gouvernementale les réformes qu'il avait promis de réclamer après les avoir fait inscrire dans le Cahier des doléances^ réformes qui étaient à ses yeux le but et la raison d'être de la Révolution.

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