G BERTRAND DU GUESCLIN
il ne s'en trouvait pas une seule des quatre. En conséquence, conformément à l'usage et coutume des parlements, aucun gage de combat ne pouvait être adjugé dans la cause. On soutenait encore que la différence cnVc le gage de combat {duellum) et la guerre (bellum), mise en avant du côté de sir William Felton, était chose'qui n'avait été jusque-là ni proposée, ni vue, ni entendue, et qui, en conséquence, ne devait être maintenant ni entendue ni admise ; que le duel, selon sa véritable signification et acceptation, était un combat entre deux personnes seulemenl, judiciairement autorisées à se battre ; mais qu'il était appelé guerre, lorsque des rois, des ducs, des comtes, des barons et autres nobles, autorisés par privilège royal ou par des coutumes anciennes ou approuvées, se combattaient pour la défense d'un pays; qu'il ne refusait pas le duel par crainte de la mort ni parce qu'il n'osait point engager une lutte personnelle avec sir William Felton, ce qui était, au contraire, un mode d'arrangement auquel son esprit inclinait beaucoup, mais parce que, de l'avis d'hommes plus sages que lui, contenant ses premières émotions, il avait préféré, dans une affaire de cette importance, soumettre sa conduite à Dieu, pour servir de règle à ses amis ; que sir William Felton devait être obligé à rétracter de sa propre bouche les faussetés qu'il avait proférées contre lui, et condamné à payer cent livres parisis de dommages et intérêts ; que, dans le cas où ces demandes ne seraient pas agréées et où le gage de duel serait accordé par le conseil du roi et la cour du parlement, il affirmait que sir William Felton, dans les accusa- * tions portées contre lui, avait faussement et méchamment menti, et que, le jour et au lieu qui seraient fixés par le parlement, il se défendrait par duel ou par guerre contre son accusateur, avec armes et cheval, en bon et loyal chevalier qu'il avait toujours été. En concluant, Du Guesclin en personne déclara que tout ce qui avait été avancé pour lui était la vérité; qu'il pouvait le confirmer par noble et fidèle témoignage, et qu'il
ET SON ÉPOQUE. 1.'j7
vua prêt à le soutenir par gage de duel ou par lout autre moyen que le roi ou le Dauphin déterminerait.
Les plaidoiries terminées, le parlement décréta que le gage de duel ou la guerre ne tombait point sur une affaire de cette nature, et que Bertrand Du Guesclin n'avait pas droit à des dommages-intérêts contre William Felton (i).
(t ' Voir le Jwjemcut t endu par Charles le Dauphin île Viennois sur k différend meu entre Bertrand lïu Guesclin et Guillaume Feltun, dans 1rs Actes de Bretagne, U I, col. 1 501», ou Mémoires pour servir de prtutes à l'histoire de Bretagne, par D.-Hyac. Morice. — Cuvclier et l'auteur anonyme de la Chronique de Du Guesclin entrent dans de longs détails sur le différend en question; mais ils sont tellement en désaccord avec les faits résultant de la procédure suivie devant le parlement de Paris, que l'on ne saurait compter sur leur récit.