‹ Bertrand Du Guesclin et son époqueChapitre 24 sur 60 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Bertrand Du Gucsclin passe les Pyrénées avec son a;mi'» et arrive en Espagnr. — 11 dé laro ses intentions on entrant dans ce royaume. — Henri <ie Transtamare est proclamé roi de Cuslille à Calahorra. — Pierre le Cruel forttlie d'abord et abandonne ensuite Burgos. — Il se retire en Andalousie.

Lorsque Bertrand Du Guesclin eut obtenu les secours matériels et spirituels, ce qui avait été le principal motif de son passade par Avignon, il partit pour la frontière d'Espagne, vers la lin de Tannée 1305. A Toulouse, il reçut un renfort de quatre cents volontaires de cette ville, « dont les seuls mobiles, en faisant la guerre, étaient l'honneur, la foi et l'amour de Dieu. » Chemin faisant, il rencontra a Carcassonne le duc d'Anjou, qui t le pressa fortement de venger sur Pierre le Cruel tant de crimes, et notamment la mort de sa cousine Blanche de Bourbon. Bertrand promit d'une manière cependant un peu évasive, et continua sa route pour l'Espagne, où il arriva en traversant les Pyrénées.

Lorsqu'il atteignit avec son armée le royaume d'Aragon, Pierre le Cruel poursuivait dans ce royaume le cours de ses conquêtes et il élait alors au faite de sa puissance. L'insubordination avait été étouffée parmi les nobles, mais c'était par la mort de quiconque avait assez d'influence pour exciter les craintes ou réveiller les soupçons de ce monarque ombrageux. Le peuple c lai » partout soumis et obéissant ; mais le roi sentait tris-

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lement que le calme fait autour de son trône provenait du silence et de l'abjection de la servitude. Il avait été heureux dans ses petites expéditions militaires, et ses coffres étaient pleins. Il n'était donc pas étonnant que, en apprenant les desseins des grandes compagnies, il traitât avec mépris leur message, déclarant qu'il n'accorderait rien « à telles truandailles. » Il eut bientôt, néanmoins, occasion de changer d'avis à leur sujet, quand il vit son royaume envahi par une armée parfaitement disciplinée, ayant à sa tète un chef tel que Bertrand Du Guesclin. Aussi, de la confiance passa-t-il tout à coup a rabattement, à l'irrésolution. Il abandonna l'une après l'autre toutes ses places fortes, et quitta finalement le royaume, sans frapper un seul coup pour la défense de sa couronne.

De l'autre côté, Pierre IV, roi d'Aragon, et le comte de Transtamare avaient presque autant de motifs l'un que l'autre de se réjouir de l'arrivée de Du Guesclin et de son armée. Le roi d'Aragon, avec la plupart des vices de son homonyme de Castille, le surpassait peut-être pour la dissimulation et la mauvaise foi ; mais il lui était inférieur en puissance, par l'étendue de ses domaines et pour la bonne fortune. Il avait été malheureux dans la plupart de ses guerres avec Pierre le Cruel ; il avait même quelque raison de craindre que le royaume d'Aragon, par l'ambition et l'esprit d'entreprise de son ennemi, n'allât grossir le royaume plus étendu de Castille; c'est pourquoi l'arrivée des grandes compagnies fut considérée par lui comme un moyen de rétablir l'intégrité de son territoire et préserver son trône, tandis qu'Henri deTranstamare, aventurier mercenaire et sans patrie, espérait, en homme prudent et avisé, en profiter pour ne gagner rien moins qu'une couronne.

Bertrand Du Guesclin avait soigneusement tenu caché jusquelà le but principal de son expédition. Dans la promesse qu'il fit au roi de France d'emmener les grandes compagnies hors du royaume, dans le traité qu'il passa ensuite avec leurs capitaines,

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