BERTRAND DO GUESCLIN
mes de confiance qu'il changeait tons les deux mois et qui étaient tenus de rendre leurs comptes à un contrôleur ; celui-ci, à son tour, résumait les opérations en un tableau ou rapport , qu'il présentait a son maître et qu'il laissait à sa vérification. Gaston avait dans son appartement des coffres où il prenait de lemps en temps, mais pas toujours , l'argent qu'il voulait donner à tel seigneur, chevalier, écuyer, ménestrel ou héraut qui venait le visiter; car personne ne partait de chez lui sans un présent. « Brièvement et tout considéré, dit Froissart, avant que je vinsse en sa cour, j'avais été en moult de cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de hautes dames , mais je n'en fus oncques en nulle qui mieux me plût et qui fût sur le fait d'armes mieux réjouie comme celle du comte de Foix était. On voyait en la salle et ès chambres et en la cour chevaliers et écuyers d'honneur aller et marcher, et d'armes et d'amour les oyait-on parler. Toute honneur était là-dedans trouvée. Nouvelles de tous pays on y apprenait ; car, pour la vaillance du seigneur, elles y appleuvaient et venaient (1). »
Mais il n'était pas dans la nature des choses humaines, qu'une vie si prospère fût exempte de chagrins, et le comte de Foix, comme tous ses semblables de haut ou de bas étage, devait passer par le < Pont des Soupirs » pour aller au tombeau. Comme ses vertus étaient le résultat d'une noble nature, occupée à de grandes choses, et luttant avec succès contre les éléments confus de société qui existaient autour de lui, ses défauts provenaient aussi de l'influence énervante d'une longue prospérité sans point d'arrêt. Avec toute sa sagesse, sa prudence et sa connaissance des hommes, il était impérieux et ne soufffrait pas de contradiction dans sa colère.
Quand ses soupçons étaient éveillés, ou ses passions excitées, il n'était plus possible de lui persuader qu'il pût y avoir
(i) Froissart, liv. III, p. 400, et liv. III, passim.
d'autre bonne opinion que la sienne, et il finissait par commettre des actes de violence. Mandant un jour en sa présence son cousin Pierre Arnault de Berne, il le pria, pour obliger le doc d'Anjou, de livrer le château de Lourdes qu'il tenait sous serment d'hommage à Édouard III d'Angleterre ; et le châtelain ayant rerusé par la raison qu'il le tenait du roi d'Angleterre et qu'il ne pouvait le livrer sans son ordre, le comte, blême de colère, en voyant près de lui quelqu'un qui eût une autre volonté que la sienne, tira brusquement son poignard et le frappa à mort.
Ce n'était pas là cependant la tache de sang qui pesait sur son cœur et qui empoisonna le reste de sa vie. Gaston fit descendre prématurément au tombeau l'héritier pour lequel il avait eu tant de sollicitude et donna ses grands trésors , ainsi que ses vastes domaines, à quelqu'un qu'il détestait. On parlait rarement de cela à Orthez. Le prudent chevalier, dont Froissart obtint la pins grande partie de ses renseignements sur la vie et la cour du comte de Foix, fut muet sur ce chapitre. Après beaucoup de questions infructueuses , l'infatigable chroniqueur apprit d'un vieil écuyer bien connu à Orthez que le comte de Foix et la comtesse, sœur de Charles le Mauvais, roi de Navarre, avaient été pendant longtemps étrangers l'un à l'autre. Cet éloignement, d'après ce qu'il apprit, provenait de ce que Charles le 3fauvais s'était offert de servir de caution au sire d'Albret, que le comte retenait alors en prison pour la somme de cinquante mille francs. Mais comme le comte connaissait trèsbien la mauvaise foi de son beau-frère, il ne voulut point accepter sa garantie, ce qui mortifia tellement la comtesse, qu'elle dit un jour à son mari :
« Monseigneur, vous portez peu d'honneur à monseigneur mon frère, quand vous ne lui voulez croire cinquante mille francs. Et vous savez que vous me devez assigner pour mon
donaire cette somme et la mettre en la main de monseigneur mon frère; si, ne pouvez être mal payé.
— Dame, vous dites vrai, répondit le comte; mais si «je croyais que le roi de Navarre dût là contourner cette somme, jamais le sire d'Àlbret ne sortirait d'Orthez si serais payé jusques au dernier denier, et puisque vous en priez je le ferai, non pas pour l'amour de vous, mais pour l'amour de mon fils, »
En conséquence, le comte de Foix accepta la garantie de Charles le Mauvais, et renvoya le sire d'Albret, qui acquitta sa dette à loisir envers le roi de Navarre; mais ce dernier ne fit jamais passer le moindre argent au comte. Cette conduite du roi de Navarre irrita tellement le comte de Foix, qu'il dit à sa femme :
« Dame, il vous faut aller en Navarre devers votre frère le roi, et lui dites que je me tiens mal content de lui, quand il ne m'envoie ce qu'il a reçu du mien. »
La comtesse entreprit volontiers le voyage de Pampelune et remit le message de son mari, auquel le roi de Navarre répondit :
u Ma belle-sœur , l'argent est vôtre , car le comte de Foix vous en doit donner, ni jamais du royaume de Navarre ne partira, puisque j'en suis au-dessus.
— Ha! monseigneur, s'écria la comtesse, vous mettez trop grand'haine par cette voie entre monseigneur et nous, et si vous tenez votre propos, je n'oserai retourner en la comté de Foix, car monseigneur m'occirait et dirait que je l'aurais déçu.
— Je ne sais que vous ferez, reprit froidement le roi, si vous demeurerez ou retournerez ; mais je suis chef de cet argent et à moi en appartient pour vous, mais jamais ne partira de Navarre. »
Ce fut la seule réponse que la comtesse pût jamais obtenir de son frère; et craignant le ressentiment de son mari, elle ne retourna plus à Orthez.
Les choses restèrent en cet état entre le mari et la femme jusqu'au moment où Gaston, leur fils, eut atteint l'âge de quinze à seize ans, époque vers laquelle il fut fiancé à Béatrix fille du comte d'Armagnac, appelée a la gaie Àrmagnaçoise » à cause de sa grande beauté (1). Gaston lui-même était un jeune et galant chevalier, et avait beaucoup de ressemblance avec son père. Par malheur, il se rendit en Navarre pour voir sa mère; et après avoir demeuré quelque temps avec elle, il retourna à Pampelune afin de prendre congé de son oncle, qui * le retint pendant dix jours, au bout desquels il le renvoya avec beaucoup de présents. Parmi ces présents figurait une jolie bourse remplie de poudre. Avant de prendre congé de lui, le roi prit le jeune homme à part et lui dit :
a Gaston, beau neveu, vous ferez ce que je vous dirai. Vous voyez comment le comte de Foix votre père a, à son tort, en grand'haine votre mère, ma sœur, et ce mo déplaît grande* ment, aussi doit-il faire à vous. Toutefois, pour les choses réformer en bon point et que votre mère soit bien de votre père , vous prendrez un petit de cette poudre et en mettrez sur la viande de votre père et gardez bien que nul ne vous voie. Et sitôt comme il en aura mangé, il ne finira jamais ni n'entendra à autre chose, lorsqu'il puisse r'avoir sa femme votre mère avec lui, et s'entr'aimeront a toujours si entièrement que jamais, ni se voudront départir l'un de l'autre; et tout ce devez-vous grandement convoiter qu'il avienne, et gardez bien que de ce que je vous dis vous ne vous découvrez à homme qui soit qui le dise à votre père, car vous perdriez votre fait. »
(I) Froissart, liv. III, p. 40! , dit qu'ils étaient mariés; mais on peut inférer de la grande jeunesse du fils de Gaston Phœbus, aussi bien quo du vrai sens des paroles du chroniqueur béarnais, probablement mieux informé que Froissart d'un événement national, que les parties étaient seulement fiancées. Et fol jurât lo matrimoni de Gaston et la filha d'Armanfiac, son nom Madoua Beatrîz, vulgarment appelada la ijaya Armanhaguesa. Miguel del Vernies, p. 587,
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Le jeune homme promit de faire sans hésiter ce que lai demandait son oncle. H quitta Pampelune et revint à Orthez, où il fut cordialement reçu par soa père, qui lui demanda quelles nouvelles il rapportait de Navarre et quels présents il avait reçus. Le jeune homme les énuméra tous, mais sans parler de la bourse à la poudre.
En ce temps-là , Gaston et son frère naturel Ivain, qui avait à peu près le même âge et la même taille, couchaient souvent ensemble et portaient les habits l'un de l'autre. Un jour qu'ils jouaient sur leur lit et échangeaient leurs habits, celui de Gaston tomba avec la bourse sur le lit d'Ivain. Ce dernier, qui était quelque peu malicieux, lui demanda :
« Gaston, quelle chose est-ce que vous portez tous les jours à votre poitrine?
— Rendez-moi ma cotte, Ivain, reprit vivement Gaston;' vous n'en avez que faire. »
Trois jours après, tandis que les jeunes gens jouaient au jeu de paume, Gaston s'emporta contre Ivain et lui donna un soufflet, ce qui mit fin au jeu. Ivain alla en pleurant trouver son père, qui lui demanda ce qui s'était passé. Le jeune homme répondit que Gaston l'avait battu, mais qu'il méritait d'être battu à son tour autrement que lui-même.
« Pourquoi? dit vivement le comte.
— Par ma foi ! répondit le jeune homme ; depuis qu'il est retourné de Navarre, il porte à sa poitrine une boursette toute pleine de poudre; mais je ne sais à quoi elle sert, ni que il en veut faire, fors tant qu'il m'a dit une fois ou deux que madame sa mère sera bientôt et bien bref mieux en votre grâce qu'oneques ne fut.
— Oh! s'écria le comte, profondément ému; tais-toi et garde bien que tu ne te découvres à nul homme du monde ce que tu m'as dit. »
Le comte de Foix conçut aussitôt de sombres soupçons.
Il se tint renfermé chez lui jusqu'à l'heure du diner et se mit ensuite à table comme d'habitude. C'était ordinairement Gaston qui passait les plats à son père et qui goûtait les mèts. Dès qu'il eut placé les premiers plats devant lui, le comte le regarda, et apercevant les cordons de la bourse, qui sortaient de son habit, il ordonna au jeune homme de s'approcher ; puis, prenant un couteau, il coupa les cordons de la bourse, dont il s'empara aussitôt.
« Quelle chose est-ce en cette boursette? » demanda-t-il.
Le pauvre jeune homme fut tellement surpris, qu'il ne put répondre un mot ; mais il devint pâle de frayeur et se mit à trembler, car il se sentait perdu. Le comte ouvrit le sachet , mit un peu de poudre sur un morceau de pain et, appelant un lévrier qui se trouvait là, il le donna à manger à l'animal. A peine- le chien eut-il mordu à ce morceau de pain, qu'il s'affaissa sur lui-même et mourut instantanément.
En voyant l'effet produit par la poudre sur le chien, le comte se leva précipitamment de table, saisit un couteau et allait frapper son fils, lorsque plusieurs chevaliers et écuyers s'élancèrent au devant de lui et le supplièrent de ne rien précipiter avant d'avoir pris de plus amples informations et de s'être éclairé sur toute cette affaire. Retenu un instant par l'intervention de ses chevaliers, il s'écria dans son dialecte gascon :
t 0 Gaston, traître ! Pour toi et pour accroître l'héritage qui te devait retourner j'ai eu guerre et haine au roi de France, au roi d'Angleterre, au roi d'Espagne, au roi de Navarre et au roi d'Aragon, et contre eux je me suis bien tenu et porté, et tu me veux maintenant meurtrir. 11 te vient de mauvaise nature. Sache que tu en mourras à ce coup. »
Puis, sautant par-dessus la table et brandissant son couteau, il voulut tuer son fils, qui n'opposait aucune résistance ; mais les chevaliers et les écuyers tombèrent à ses genoux et
le supplièrent les larmes aux yeux, pour l'amour de Dieu, de ne pas tuer Gaston, qui était son fils unique. Us ajoutèrent qu'en ouvrant une enquête, on reconnaîtrait sans doute que le jeune homme ignorait ce que contenait la bourse. Grâce à cette intervention, le comte se contenta d'enfermer Gaston dans la tour et de le faire garder à vue ; mais sa fureur, un instant apaisée, se ralluma avec plus de violence sur les gens de la suite de son fils. Plusieurs d'entre eux prirent la fuite; malheureusemént quinze beaux et galants jeunes gens de sa cour furent mis à mort de la manière la plus cruelle, sous le prétexte qu'il était impossible qu'ils ne connussent point le secret de leur jeune maître et qu'ils auraient dû le révéler.
Le comte ne se trouvait pas complètement satisfait de l'emprisonnement de son fils. Il convoqua à Orthez une assemblée de prélats , de nobles et d'autres personnages notables de Foix et de Béarn, leur représenta le crime commis par son fils èt leur déclara qu'il méritait la mort. L'assemblée, d'une voix unanime, répondit en émettant une opinion contraire.
Cet avis, prononcé à l'unanimité, en imposa un peu au comte, qui se décida à infliger à son fils deux ou trois mois de prison et à l'envoyer ensuite voyager pendant quelques années, jusqu'à ce que son crime fût oublié. Après cela, il congédia l'assemblée ; mais les seigneurs du comté de Foix se montrèrent peu disposés à quitter Orthez avant que le comte leur eût donné l'assurance formelle que Gaston ne serait pas mis à mort. Pendant ce temps, le malheureux enfant était soumis à un cruel et rigoureux emprisonnement dans la tour d'Orthez , où l'on prenait peu de soin de lui et où il n'avait personne qui pût lui donner des conseils ou des consolations. Il porta pendant dix jours consécutifs, sans en changer, les mêmes habits qu'il avait sur lui en entrant dans l'obscur réduit de la prison, et il ne voulut toucher à aucun des méts qu'on lui présenta.
Le serviteur qui veillait sur lui, voyant cet abattement, informa le comte que Gaston voulait se laisser mourir de faim, car il n'avait rien mangé depuis son entrée en prison. En apprenant la triste résolution de son fils, que ce père inexorable considéra comme une obstination et un nouvel acte de résistance à son autorité, le comte entra dans un violent accès de colère; sans dire un mot, il sortit de son appartement, tenant à la main un long couteau dont il se servait habituellement pour couper et nettoyer ses ongles, et se rendit à la prison. Il ouvrit la porte et s'approcha de l'enfant glacé de terreur, en tenant la lame de son couteau par la pointe, de telle manière que la longueur de la lame à découvert avait à peine l'épaisseur d'un liard ; malheureusement, en avançant cette pointe sur la gorge de son enfant, il lui piqua une veine du cou en s'écriant:
c Ah ! traître ! Pourquoi ne manges-tu pas ? »
Sans ajouter un mot, le comte sortit ensuite brusquement de la prison. Quant au pauvre enfant , que l'arrivée de son père avait terrifié, affaibli qu'il était par le jeûne et sentant le couteau posé sur sa gorge, il s'était affaissé pour ne plus se relever.
A peine le comte était il rentré dans ses appartements, que le domestique chargé de la surveillance du jeune Gaston vint l'informer que son fils était mort.
« Mort ! s'écria le comte.
— Que Dieu me bénisse, dit le serviteur, mais c'est la vérité. »
Le malheureux père ne voulait pas croire encore à cette non* velle, et il envoya un de ses chevaliers présents s'assurer du fait. Le chevalier revint bientôt et confirma la triste nouvelle* Alors le comte, au comble de la douleur, déplora amèrement cette mort.
a Ah! Gaston, comme pauvre aventure ci a! A maje heure pour toi et moi, allas oncques en Navarre voir ta mère. Jamais je n'aurais si parfaite joie comme j'avais devant. »
Il manda ensuite son barbier, et se fit raser. Lui-même et toute sa maison prirent le deuil.
« Ainsi en alla que je vous conte de la mort de Gaston de Foix, ajoute Froissait, en terminant le récit de ce triste événement ; son père l'occit vraiment, mais le roi de Navarre lui donna le coup de la mort (I ). »
Le comte de Foix continua à être mêlé à beaucoup d'importantes affaires durant le reste de sa vie et se laissa conduire, comme par le passé, par les mêmes maximes de saine prudence qui l'avaient toujours guidé dans la première partie de sa carrière. Il amassa encore de grands trésors, mais il les dépensait libéralement. Bien qu'on eût pu conclure que l'avarice chez lui s'ajoutait à d'autres vices, une aventure qui arriva vers la fin de ses jours, et qui pourtant n'a rien d'extraordinaire si on envisage les mœurs de l'époque, ne contribua pas à présenter sous un jour favorable le caractère du comte de Foix. Jeanne de Boulogne, fille de sa cousine Éléonore de Comminges et de Jean, comte de Boulogne, avait été laissée chez lui par sa mère à l'âge de trois ans. Depuis ce moment , il n'avait cessé de veiller sur elle et l'avait fait instruire jusqu'à l'âge de douze ans, quand elle fut demandée en mariage par le duc de Berry, oncle du roi de France (2). Le vieux duc, qui avait perdu sa première femme, sœur du comte d'Armagnac, n'ayant pu obtenir la main d'une fille du duc de Lancastre, tourna ses vues vers la pupille du comte de Foix ; et il poursuivit son but avec une ardeur en raison directe de l'apparente indifférence du comte.
Pour mieux réussir dans son entreprise, le duc implora l'appui du roi et de son frère le duc de Bourgogne. Le roi rit de bon cœur de ce projet et, comme le duc de Berry était alors assez vieux, il lui dit :
(1) Froissart, liv. 111, pp. 400-404.
(2) Cet incident eut lieu au commencement du règne de Charles VI.
« Bel oncle, que fcrez-vous d'une telle filletlc? Elle n'a que douze ans, et vous en avez soixante. Par moi c'est grand'folic pour vous de penser de cette chose; faites-en parler pour Jean, beau cousin votre fils, qui est jeune et à venir. La chose est mieux pareille à lui qu'elle ne soit à vous.
— Mon seigneur, reprit le duc, on en a parlé, mais le comte de Foix, à qui il tient, n'y veut entendre, et crois que c'était que mon fils vient d'Armagnac, et ils ne sont pas en trop bon amour ensemble. Mais la fille de Bourgogne, je l'épargnerai trois ou quatre ans, tant qu'elle soit femme et parcrue.
— Voire, dit le roi, mais elle ne vous épargnera pas. » Puis il ajouta toujours en riant : « Bel oncle, puisque nous voyons que vous avez si bonne affection à ce mariage, nous y entendons volontiers, c'est raison. »
Le comte de Foix, qui vit l'ardent désir du duc de Berry, traita vaguement et froidement la question du mariage et répondit seulement par des lettres qui firent traîner les négocialions en longueur, non qu'il fût réellement opposé à cette alliance, mais parce qu'il voulait obtenir les meilleures conditions possibles du vieux duc amoureux. Enfin, sur les instances do roi de France et du duc de Bourgogne, il consentit à donner la jeune fille pour trente mille francs, afin de s'indemniser, disait-il, de neuf années de tutelle (i).
Tel était l'homme, avec ses qualités et ses défauts , auquel le Prince-Noir confia la principauté d'Aquitaine pendant son expédition en Espagne ; il n'aurait certainement pu la laisser entre des mains plus sûres.
(1) Froissart, liv. III, p. 396 et pp. 757, 758. Le comte de Foix mourut subitement en 1391, à la chasse à l'ours dans les bois d'Orthcz. Ibi>l, liv. IV, p. 119.