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CHAPITRE XIV

Combat naval de La Rochelle. — Les Anglais échouent sur terre et sur mer. — Le roi de France ordonne de nouvelles levées de troupes. — Le connétable entre en Poitou et prend le chateau-fort de Montcontnur. — Sainte-Sévère est emportée d'assaut.

Durant l'hiver de Tannée 137!, Édouard III projeta de faire de grands préparatifs pour envahir la France par la Picardie et la Guyenne en môme temps; niais il s'aperçut qu'une guerre offensive n'était plus possible et qu'il aurait besoin de toutes ses forces pour conserver ses premières conquêtes. En conséquence, il prépara une expédition pendant la première partie de l'année 4372, dans le but de défendre ses possessions en Aquitaine. Elle était sous les ordres du comte de Pembroke, qui s'embarqua à Southampton et fit voile pour le port de la Rochelle. Les Anglais y furent joints par une forte flotte espagnole, envoyée par le roi de Castille, à la demande du roi de France, sous le commandement de l'amiral Bocanegra, qui était parfaitement informé de l'approche du comte de Pembroke. Les Espagnols fnrent promptement en mesure de recevoir les Anglais, et, prenant avantage du vent, ils commencèrent l'attaque. Les Anglais ne refusèrent pas la bataille, quoique les Espagnols fassent supérieurs en vaisseaux et en hommes, et la

lutte dura jusqu'à ce que la nuit vint terminer le combat, dans lequel les Anglais perdirent deux vaisseaux transports.

L'engagement eut lieu en vue de la Rochelle, et le sénéchal John Harpedan fit de grands efforts pour engager les Rochellois à secourir le comte de Pembroke. Mais les sympathies des bourgeois étaient toutes pour les Français, et ils s'excusèrent en disant qu'ils étaient soldats et non marins, et qu'ils ne pouvaient combattre ni sur mer ni contre les Espagnols. Les deux flottes demeurèrent à l'ancre pendant toute la nuit. Quand le sénéchal vit qu'il ne pouvait pas obtenir d'autre réponse des bourgeois, il quitta le port avec quatre barques, accompagné du sire de Tournai-Bouton et de deux autres chevaliers avec quelques gens d'armes; vers le point du jour, ils arrivèrent jusqu'à la flotte anglaise sans fâcheuse rencontre. Le combat recommença dès le matin de bonne heure et dura jusqu'à midi; mais à la fin les Castillans demeurèrent vainqueurs ; les Anglais furent tous tués ou faits prisonniers et perdirent le vaisseau dans lequel était le trésor qu'Édouard III destinait au paiement de trois mille hommes pendant la campagne qui allait s'ouvrir (1).

Vers l'époque du combat naval de la Rochelle, Evan de Galles, qui prétendait descendre des anciens princes de ce pays, partit du port d'Harfleur avec une certaine quantité de vaisseaux et un corps de trois mille combattants que lui avait confié le roi de France, et fit une descente dans l'Ile de Guernesey. Pour débarquer, il éprouva une forte opposition delà part du gouverneur Edmond Ros (2), qui réunit à la hâte un corps de huit cents hommes et lui livra bataille. Après une

(1) Froissart, liv. 1, part, n, pp. 035-639; Avala, Cronica rfW rey don Enrique segundo, pp. 31, 32. Lo chroniqueur espagnol diffère d« Froissart quant au nombre de navires engagés et au vaisseau contenant le trésor perdu.

(2) C'est le nom donné par Barnes. Hist. of Edward f/f, p. £33. Froissart l'appelle Aymon Rose.

latte opiniâtre, les Anglais forent défaits et laissèrent environ quatre cents des leurs sur le champ de bataille. Ros se réfugia dans le château de Cornet, qui était puissamment fortifié et bien approvisionné pour un siège. Evan de Galles l'y suivit aussitôt. Les Français essayèrent d'abord d'emporter le château d'assaut ; mais il était si bien fortifié qu'ils ne purent y parvenir; c'est pourquoi ils investirent la place de tous côtés, déterminés à la prendre par le moyen plus lent d'un siège. Tandis qu'il étf t ainsi occupé, Evan reçut un message du roi de France qui avait appris la victoire navale| de la Rochelle, lui ordonnant de lever le siège du château de Cornet, de renvoyer ses troupes à Harfleur et d'aller lui-même à la cour d'Henri de Gastille pour le prier de faire partir une flotte et des hommes afin de bloquer la Rochelle par mer (1).

Les échecs qu'avaient éprouvés ses armées, tant sur terre que sur mer, humiliaient autant l'orgueil d'Edouard III qu'ils étaient agréables à Charles V. Ce dernier, encouragé par les heureux résultats de la dernière campagne, résolut de poursuivre avec la plus grande vigueur la guerre contre les Anglais. II avait célébré avec la plus grande solennité les dernières fêtes de Noël à Paris et avait invité tous les principaux officiers de son armée à y assister. A cette occasion le connétable Bertrand Du Guesclin servit le roi â table, nu-tête et son bâton à la main ; il était assisté des deux maréchaux et du chef des arbalétriers. Le lendemain des réjouissances, le roi donna des troupes aux différents chefs de son armée, qui eurent ordre de se tenir prêts à entrer en campagne pour la fin du mois de mars. Le connétable prit sous ses ordres immédiats quinze cents gens d'armes, parmi lesquels étaient un des deux maréchaux et le chef des arbalétriers, avec six cents hommes. Le duc de Bourbon reçut huit cents gens d'armes et deux cents

(1) Froissart, liv. I, part, n, p. 640.

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