‹ Bertrand et Raton; drame en cinq actesChapitre 15 sur 116 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Eantzau.— On me l'a cité; mais je me brouille avec les noms Un marchand de soieries .... au Soleil d' Or.

FAiiKENSKiELD. — Eaton Burkenstaff !

Eantzau. — C'est cela même ! . . . Après cela, est-ce vrai? je n'en sais rien, ce n'est pas moi qui l'ai entendu

Falkenskieed.— N'importe, les renseignements qu'on vous a donnés ne sont que trop exacts ; et je ne sais pas pourquoi ma

fille prend toujours chez lui toutes ses étoffes.

Eantzau, vivement. — Bien entendu qu'il ne faudrait lui faire

aucun mal un ou deux jours de prison

Falkenskield. — Mettons en huit.

Eantzau, froidement. — Comme vous voudrez.

Falkenskield. — C'est une bonne idée.

Eantzau. — Qui vient de vous; et je ne veux pas auprès de la reine vous en ôter l'honneur.

Falkenskield. — Je vous en remercie, cela terminera tout. Un service à vous demander

Eantzau.— Parlez.

Falkenskield. — Le neveu du comte de Gœlher, notre collègue, va épouser ma fille, et je le propose aujourd'hui pour une place assez belle qui lui donnera entrée au conseil. J'espère que de votre part sa nomination ne souffrira aucune difficulté.

Eantzau. — Et comment pourrait-il y en avoir?

FaiiKENSKIEED. — On pourrait objecter qu'il est bien jeune. .

Eantzau. — C'est un mérite à présent c'est la jeunesse qui

règne, et la reine ne peut lui faire un crime d'un tort qu'elle même aura si longtemps encore à se reprocher.

Faekenskield. — Ce mot seul la décidera ; et l'on a bien raison de dire que le comte Bertrand de Eantzau est l'homme d'état le plus aimable, le plus conciliant, le plus désintéressé

Eantzau, tirant un papier. — J'ai une petite demande à vous | faire, une Jieutenance qu'il me faut. . . .

Falkenskield. — Je l'accorde à l'instant.

Eantzau, lui montrant le papier. — Voyez auparavant. . . ,

Falkenskield, passant à gauche.* — N'importe pour qui, dès

que vous le recommandez. (Lisant.) O ciel! Eric Burken-

staff ! . . . . Cela ne se peut

Rantzau, froidement et prenant du tabac. — Vous croyez? et pourquoi?

Falkenskield, avec embarras. — C'est le fils de ce séditieux, de ce bavard.

Rantzau. — Le père, oui: mais le fils ne parle pas; il ne dit rien, et ce sera au contraire une excellente politique de placer une faveur à côté d'un châtiment.

Falkenskield. — Je ne dis pas non ; mais donner une lieutenance à un jeune homme de vingt ans !

Rantzau. — Comme nous le disions tout-à-1'heure, c'est la jeunesse qui règne à présent.

Falkenskield. — D'accord ; mais ce jeune homme, qui a été dans les magasins de son père et puis dans mes bureaux, n'a jamais servi dans le militaire.

Rantzau. — Pas plus que votre gendre dans l'administration. Après cela, si vous croyez que ce soit un obstacle, je n'insiste plus ; je respecte vos avis, mon cher collègue, et je les suivrai en tout. . . . (Avec intention.) Et ce que vous ferez, je le ferai.

Falkenskield, à part. — Morbleu ! (Haut et cherchant à cacher son dépit.) Vous faites de moi ce que vous voulez, et j'examinerai, je verrai.

Rantzau, d'un air dégagé. — Quand il vous conviendra, aujourd'hui, ce matin ; tenez, avant le conseil, vous pouvez m'en faire expédier le brevet.

Falkenskield. — Nous n'avons pas le temps il est deux

heures. . . .

Rantzau, tirant sa montre. — Moins un quart.

Falkenskield. — Vous retardez

Rantzau, causant avec lui en remontant le théâtre. — Non pas, et la preuve c'est que j'ai toujours su arriver à l'heure.

Falkenskield, souriant.— Je m'en aperçois. (D'un air aimable.) Nous vous verrons ce soir. . . . chez moi, à dîner?

Falkenskield, Rantzau.

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