SCÈNE I
CHEISTINE, enveloppée d'une mante, et dessous en costume de bal; FALKENSKIELD.
Falkenskield, entrant en donnant le bras à sa JUlc—Hih bien ! «omment cela va-t-il?
Cheistine.— Je vous remercie, mon père, beaucoup mieux.
Falkenskield. — Votre pâleur m'avait effrayé ; j'ai vu le moment où, au milieu de ce bal, devant la reine, devant toute la cour, vous alliez vous trouver mal.
Cheistine. — Vous le savez, j'aurais désiré rester ici; c'est vous qui, malgré mes prières, avez voulu que l'on me vit à cette fête.
Falkenskield.— Certainement ! que n'aurait-on pas dit de
votre absence ! C'est déjà bien assez qu'hier, lorsqu'on a
arrêté chez moi ce jeune homme, tout le monde ait pu remarquer votre trouble et votre effroi .... Ne fallait-il pas donner à penser que vos chagrins vous empêchaient de paraître à cette fête !
Christine.— Mon père!
Falkenskield, reprenant d'un air détaché. — Qui du reste était superbe. . . . Une magnificence! un éclat! et quelle foule dorée se pressait dans ces immenses salons !.. .Je ne veux pas d'autres preuves de l'affermissement de notre pouvoir ; nous avons enfin fixé la fortune, et jamais, je crois, la reine n'avait été plus séduisante; on voyait rayonner un air de triomphe et de plaisir dans
ses beaux yeux qu'elle reportait sans cesse sur Struensée Eh !
mais, à propos d'homme heureux, avez-vous remarqué le baron de Gœlher?
Christine. — Non, monsieur.
Falkenskield.— Comment non? il a ouvert le bal avec la reine et paraissait plus fier encore de cette distinction que de sa
nouvelle dignité de ministre, car il a été nommé Il succède .
décidément à M. de Rantzau, qui, en habile homme, nous quitte et s'en va quand la fortune arrive.
Christine.— Tout le monde n'agit pas ainsi.
Falkenskield. — Oui il a toujours tenu à se singulariser;
aussi nous ne lui en voulons pas ; qu'il se retire, qu'il fasse place à d'autres, son temps est fini ; et la reine, qui craint son esprit. . . à été enchantée de lui donner pour successeur
Christine, —Quelqu'un qu'elle ne craint pas.
Falkenskield.— Justement ! un aimable et beau cavalier comme mon gendre.
Christine.— Votre gendre !
Falkenskield, d'un air sévère, et regardant Christine. — Sans doute.
Christine, timidement.-^ Demain, mon père, je vous parlerai au sujet de M. de Gœlher.
Falkenskield. — Et pourquoi pas sur-le-champ?
Christine. — Il est tard, la nuit est bien avancée et puis,
je ne suis pas encore assez remise de l'émotion, que j'ai éprouvée.
Falkenskield.— Mais cettte émotion, quelle en était la cause?